Face aux chocs mondiaux, l'Afrique doit impérativement repenser sa stratégie de développement en s'éloignant des modèles économiques étrangers inadaptés à ses réalités. Benedict Oramah, ancien président d'Afreximbank, souligne que la véritable indépendance du continent ne pourra se concrétiser sans une mobilisation accrue des ressources locales et une industrialisation pensée par et pour les Africains.
La nécessité d'une autonomie financière stratégique
Pour Benedict Oramah, l'adoption systématique de pratiques internationales, souvent conçues pour des contextes économiques radicalement différents, freine le potentiel de croissance du continent. Il insiste sur la nécessité de renforcer les institutions financières indigènes et de réduire la dépendance aux financements extérieurs. Un point critique soulevé est la gestion des réserves de change africaines : entre 350 et 500 milliards de dollars sont actuellement détenus hors du continent, alors même que les États peinent à obtenir des crédits sur les marchés internationaux. À titre d'exemple, le programme de dépôts des banques centrales mis en place par Afreximbank a prouvé qu'il est possible de mobiliser plus de 40 milliards de dollars en interne.
Industrialisation et valorisation des ressources
Le changement de paradigme prôné repose sur une transformation structurelle : l'Afrique doit cesser d'être un simple exportateur de matières premières brutes. L'investissement dans le secteur du traitement minier et le développement de banques commerciales locales sont présentés comme des leviers indispensables pour capter la valeur ajoutée sur le sol africain. Cette approche vise à transformer les richesses naturelles en moteurs de développement industriel durable, plutôt qu'en simples produits d'échange soumis à la volatilité des marchés mondiaux.
Intégration régionale et souveraineté décisionnelle
L'intégration économique, portée par des outils comme le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), est identifiée comme un pilier pour faciliter le commerce intra-africain en devises locales et réduire les coûts de transaction. Concernant les partenariats internationaux, notamment dans le secteur minier, Oramah appelle les dirigeants africains à définir leurs propres priorités nationales avant de s'engager. Il met en garde contre le risque de laisser la compétition entre les grandes puissances mondiales dicter l'agenda économique du continent, rappelant que la stabilité et la croissance dépendent avant tout de la capacité des nations africaines à définir leur propre trajectoire.