Lors du 4e colloque international du Centre des Hautes Études de la défense et de la sécurité (Cheds), le professeur Alioune Sall a exhorté les États africains à abandonner le paradigme de la simple endurance face aux crises. Il préconise une « résilience transformatrice » qui s'attaque aux causes structurelles des vulnérabilités plutôt que de faire reposer la stabilité sur la capacité de survie des populations.
Au-delà de la réponse militaire
Pour le vice-président de la Commission du droit international de l'ONU, la sécurité ne peut se limiter aux fonctions régaliennes classiques comme la lutte contre le terrorisme ou la protection des frontières. Si ces missions restent indispensables, elles sont insuffisantes si elles ne s'intègrent pas dans une vision de sécurité humaine. M. Sall souligne que la stabilité d'un État ne dépend pas uniquement de sa force de coercition, mais de sa capacité à être présent, juste et utile. Une approche multidimensionnelle — juridique, environnementale, alimentaire et économique — est nécessaire pour éviter la fragilité d'un ordre imposé par la seule force.
La confiance publique comme infrastructure stratégique
La gouvernance, selon l'universitaire, ne doit plus être évaluée uniquement par la tenue d'élections, que le conférencier ne considère pas comme l'alpha et l'oméga de la démocratie. La véritable résilience institutionnelle repose sur la confiance des citoyens, une ressource qu'il qualifie d'infrastructure stratégique au même titre que les infrastructures physiques. La persistance de la corruption, une justice perçue comme dépendante ou l'abandon de certains territoires sont autant de facteurs qui fragilisent le corps social. Il appelle ainsi à une démocratie continue, portée par des institutions redevables et représentatives.
Repenser l'insertion économique du continent
Le troisième pilier de cette transformation concerne le développement durable et la gestion des richesses naturelles. Le professeur Sall pointe le paradoxe d'un continent riche en ressources mais maintenu à la périphérie des chaînes de valeur mondiales et des centres de décision. La résilience transformatrice implique, selon lui, une meilleure valorisation des biens communs et une capacité accrue des États africains à peser sur les orientations économiques internationales. Il s'agit de passer d'une exploitation subie à une maîtrise stratégique des ressources pour assurer un développement pérenne et souverain.