Face à l'intégration croissante de l'intelligence artificielle dans les rédactions, le professeur Abdoulaye Sakho a lancé un appel à la vigilance lors de l'installation du Tribunal des pairs du CORED. Le juriste souligne que la responsabilité éditoriale demeure une prérogative exclusivement humaine, insistant sur la nécessité de renforcer les garde-fous face aux risques de manipulation de l'opinion.
Les risques de l'IA pour la crédibilité de l'information
Si l'intelligence artificielle offre des gains d'efficacité indéniables pour la transcription ou l'analyse de données, elle constitue également une menace pour l'intégrité de l'information. Le professeur Sakho s'appuie sur une étude de 2025, pilotée par la BBC, révélant que 45 % des réponses fournies par les assistants d'IA sur des sujets d'actualité comportent des erreurs significatives. Ces outils peuvent générer des citations fictives ou des contenus visuels trompeurs, complexifiant le travail de vérification des faits indispensable à la profession.
La responsabilité humaine face aux contenus synthétiques
L'enjeu devient critique en période électorale, où la diffusion de voix synthétiques ou de fausses déclarations pourrait altérer le débat public avant toute possibilité de démenti. Pour le professeur agrégé, le journaliste ne peut en aucun cas se dédouaner de ses obligations déontologiques en invoquant l'usage d'un outil numérique. La machine, dépourvue de conscience professionnelle, ne saurait être tenue pour responsable : c'est au journaliste, en tant que « pair », d'assumer pleinement la paternité et la véracité de chaque contenu publié.
Vers un cadre de régulation et de souveraineté numérique
Pour répondre à ces défis, le professeur Sakho préconise une action concertée impliquant le CORED et le Conseil national de régulation des médias (CNRM). Il appelle à l'adoption de règles claires sur la transparence des contenus générés par IA et à la mise en place de dispositifs spécifiques pour contrer les hypertrucages. Au-delà de la déontologie, cette réflexion s'inscrit dans une perspective de souveraineté numérique, visant à protéger les productions médiatiques sénégalaises contre une exploitation non régulée par les systèmes d'IA mondiaux. La formation continue des professionnels apparaît, dans ce contexte, comme un levier essentiel pour préserver la confiance du public.