Les virologues Jean-Jacques Muyembe et Peter Piot ont été honorés à Berlin par le prix Virchow 2026, une distinction internationale récompensant un demi-siècle de recherches sur le virus Ebola. Ce prix salue la collaboration scientifique entre la République démocratique du Congo et la Belgique, pilier fondamental de la préparation mondiale face aux menaces épidémiques.
Une collaboration née sur le terrain en 1976
Le parcours des deux lauréats est intimement lié à l'émergence du virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976 dans l'actuelle République démocratique du Congo. Alors que la maladie était encore inconnue, Jean-Jacques Muyembe a mené les premières investigations cruciales à Yambuku, dans des conditions de sécurité et de moyens extrêmement précaires. Les échantillons prélevés ont permis à l'équipe de Peter Piot, basée à Anvers, d'identifier formellement l'agent pathogène, posant ainsi les bases d'une coopération scientifique durable entre les deux chercheurs.
Le renforcement des capacités de recherche à Kinshasa
Au-delà de la découverte initiale, Jean-Jacques Muyembe a structuré la réponse sanitaire congolaise en dirigeant l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa. Sous son impulsion, l'institution est devenue un maillon essentiel de la surveillance épidémiologique, du diagnostic et de la prise en charge des maladies infectieuses. Ces infrastructures nationales, aujourd'hui reconnues internationalement, permettent une détection rapide des flambées et une coordination efficace de la riposte sur le territoire congolais.
Une expertise au service de la santé mondiale
La carrière de Peter Piot s'est, quant à elle, déployée sur le plan multilatéral, notamment à travers son engagement au sein de l'ONUSIDA. Son travail a permis de traduire les découvertes scientifiques en politiques publiques globales, favorisant une meilleure synergie entre les laboratoires de recherche, les institutions étatiques et les organisations internationales. Le jury du prix Virchow souligne que cette trajectoire commune illustre la nécessité d'un continuum entre l'enquête de terrain, l'innovation thérapeutique et la construction de systèmes de santé résilients face aux crises sanitaires futures.