Une crise qui se nourrit d’elle-même La guerre en Iran accélère une spirale infernale. Les prix explosent : le pain, pilier de la survie quotidienne, a grimpé de 139 % en un an. La viande, autre aliment de base, suit avec une hausse vertigineuse de 178 %. Pourtant, ces chiffres ne capturent pas l’ampleur du désastre. Combien de familles iraniennes renoncent désormais à manger pour payer les factures d’électricité ?
L’inflation, déjà à 88,6 % sur un an, dévaste le pouvoir d’achat. Les salaires, gelés depuis des années, ne suivent plus. Les Iraniens voient leurs économies s’évaporer, leurs économies se réduire à néant. Les magasins affichent des prix en tahani, une monnaie parallèle, pour contourner le rial dévalué. Les réserves de change s’épuisent. Le pays, dépendant des importations, étouffe sous le poids des sanctions et des coûts énergétiques.
La guerre comme accélérateur de chaos Les frappes récentes contre les infrastructures pétrolières ont plongé le pays dans une crise énergétique. Les coupures d’électricité se multiplient, forçant les industriels à réduire leur production. Les usines ferment, le chômage explose. Les jeunes, diplômés mais sans emploi, manifestent dans des villes comme Téhéran ou Isfahan. Leurs slogans ? « La faim nous tue, pas les moudjahidines. » Une colère qui gronde, étouffée par la répression.
Le gouvernement tente de contenir la panique. Les prix des denrées essentielles sont théoriquement encadrés, mais les distributeurs les répercutent en cachette. Les files d’attente devant les boulangeries deviennent interminables. « On nous vend du pain noir à prix d’or », raconte Sara, 32 ans, vendeuse à Téhéran. « Avant, un pain coûtait 2 000 rials. Aujourd’hui, il faut débourser 5 000 rials. Pour un salaire de 300 000 rials, c’est impossible. »
Un système en faillite L’Iran mise sur une stratégie de résilience économique, mais les résultats sont désastreux. Le pays tente de diversifier ses exportations, vers la Chine ou la Russie, mais les revenus pétroliers, historiquement vitaux, s’effondrent. La monnaie locale, le rial, s’effondre face au dollar. Un dollar valait 42 000 rials en 2022. Aujourd’hui, il en faut 500 000 pour l’obtenir.
Les experts parlent d’effondrement structurel. Sans réforme drastique, le pays risque de basculer dans l’hyperinflation chronique, comme la Venezuela dans les années 2010. Les Iraniens attendent des solutions. Mais qui les écoutera quand le régime refuse toute négociation avec l’Occident ?
Et demain ? La famine ou la révolte ? Les signes avant-coureurs sont là. Les émeutes de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, avaient montré la colère populaire. Aujourd’hui, la crise économique pourrait raviver ces tensions. « On en a assez de crever de faim pour des idéaux », lance Ali, ouvrier à Karaj. La question n’est plus de savoir si le pays implosera, mais quand.
L’Iran tient-il encore ? Ou bien la guerre économique qu’il se livre à lui-même va-t-elle le réduire en cendres ? Une chose est sûre : le peuple iranien a déjà payé le prix fort. Et le pire reste à venir.