Le 27 août, le président congolais Félix Tshisekedi a annoncé la mise en place d’un dialogue national destiné à répondre aux crises qui secouent le pays, notamment l’insécurité persistante dans l’Est. Présenté comme une initiative « partant de la base », le projet prévoit des consultations dans les chefs‑lieux provinciaux avant une phase finale à Kinshasa. L’opposition, regroupée sous la Coalition Article 64, a immédiatement rejeté cette démarche, la qualifiant de diversion et d’insuffisamment inclusive.
Objectifs affichés et modalités du dialogue
Selon le président, le dialogue national doit permettre aux Congolais, y compris la diaspora, de rechercher collectivement des solutions aux problèmes sécuritaires, politiques et sociaux qui affectent le pays. Les consultations débuteront dans les capitales de province, afin de recueillir les points de vue locaux, avant de se conclure par une assemblée à Kinshasa. Le processus, limité à trois mois, exclura les groupes armés mais ne remettra pas en cause les institutions républicaines. Tshisekedi a souligné que l’initiative ne visait pas à modifier la Constitution, mais à renforcer la cohésion nationale autour d’un agenda partagé.
La Coalition Article 64 conteste la légitimité du processus
La Coalition Article 64, alliance d’opposition qui regroupe plusieurs partis, a dénoncé le manque d’inclusivité du dialogue. Elle estime que les consultations annoncées ne constituent pas un véritable dialogue national et les perçoit comme une manœuvre de diversion face aux crises profondes. La C64 réclame un cadre consensuel, des garanties d’inclusivité réelle et l’engagement à traiter les causes structurelles de l’insécurité, ainsi que les tensions politiques et sociales. Elle rappelle également son opposition à toute révision constitutionnelle susceptible d’allonger le mandat de Tshisekedi au‑delà de 2028.
Enjeux politiques et perspectives d’évolution
Le rejet de la C64 met en lumière la méfiance persistante entre le pouvoir exécutif et les forces d’opposition, un facteur qui pourrait compliquer la mise en œuvre du dialogue. Si le président parvient à mobiliser un large éventail de participants, le processus pourrait contribuer à désamorcer les tensions sécuritaires dans l’Est, où les groupes armés continuent d’impacter la vie civile. En revanche, un dialogue perçu comme partiel risque d’alimenter le scepticisme et de renforcer les revendications de l’opposition, notamment concernant la possible révision de la Constitution. Les analystes invités – le député Patrick Matata Makalamba (UDPS), l’ancien député Jean‑Baptiste Muhindo Kasekwa (ECIDE) et le politologue Alidor Tshibanda – soulignent que la réussite du dialogue dépendra de la capacité du gouvernement à garantir une participation réellement représentative et à traduire les discussions en mesures concrètes. Dans l’attente d’une première série de consultations provinciales, le débat public reste ouvert sur la pertinence et la portée du projet de dialogue national.