Le président nigérian Bola Tinubu a appelé le secteur bancaire national à opérer une mutation stratégique majeure. Lors de la 19e conférence annuelle du Chartered Institute of Bankers of Nigeria (CIBN), il a insisté pour que les récentes opérations de recapitalisation des banques ne servent pas uniquement à renforcer leurs bilans, mais deviennent le levier d'un financement massif de l'économie réelle.
Au-delà de la stabilité macroéconomique
Si le gouvernement nigérian se félicite d'une croissance du PIB de 4,43 % au deuxième trimestre 2026 et d'une inflation en repli à 15,43 %, le chef de l'État souligne que la stabilité retrouvée n'est qu'une fondation, et non une finalité. Pour transformer ces acquis en prospérité partagée, le président Tinubu estime que les institutions financières doivent cesser de privilégier les rendements sécurisés des titres publics au détriment du crédit aux entreprises. L'objectif affiché est de passer d'une logique de rentabilité immédiate pour les actionnaires à une dynamique de transformation structurelle du tissu productif.
Un accès au crédit pour les PME
Le gouvernement nigérian pointe du doigt une anomalie persistante : l'exclusion d'une grande partie des petites et moyennes entreprises (PME) du système financier formel. Pour y remédier, l'exécutif mise sur le déploiement d'une architecture de garanties et de partage des risques, portée par une nouvelle Compagnie nationale de garantie de crédit. L'idée est de permettre aux entrepreneurs d'obtenir des fonds de roulement basés sur la viabilité de leurs flux de trésorerie plutôt que sur des garanties collatérales souvent inaccessibles, favorisant ainsi le financement du potentiel plutôt que celui des privilèges.
La recapitalisation comme levier de transformation
Le secteur bancaire nigérian a récemment franchi une étape clé avec 33 banques ayant levé 4,65 billions de nairas pour répondre aux nouvelles exigences de capital. Selon le président, cette solidité financière doit impérativement se traduire par une augmentation de la formation de capital dans l'économie réelle. Le gouvernement encourage les banques à accompagner l'expansion des entreprises nigérianes à travers le continent, une condition sine qua non pour atteindre l'ambition d'une économie pesant 1 000 milliards de dollars.
Vers un cercle vertueux de croissance
La vision présidentielle repose sur un « cercle vertueux » : une discipline budgétaire accrue réduisant la pression sur l'emprunt public permettrait de faire baisser les taux d'intérêt. Cette baisse du coût du capital stimulerait alors l'investissement privé et la production, générant in fine davantage d'emplois et de recettes fiscales. Pour réussir cette transition, le gouvernement insiste sur la nécessité de renforcer les marchés de capitaux, l'assurance et la gestion d'actifs, tout en restant vigilant face aux risques de cybersécurité liés à la digitalisation croissante du secteur.