Le Premier Pont du Niger, symbole vieillissant, victime de pillages systématiques à Onitsha

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 42 lectures
Le Premier Pont du Niger, symbole vieillissant, victime de pillages systématiques à Onitsha

Un géant d’acier de 60 ans, qui relie Onitsha à Asaba, voit ses composants essentiels disparaître un à un, sous le regard impuissant des autorités et des forces de sécurité.

Un symbole national en péril

Depuis six décennies, le Premier Pont du Niger, aussi appelé Onitsha Head Bridge, supporte le trafic incessant entre les deux rives du fleuve Niger. Des générations de Nigérians, de commerçants, de familles et de véhicules lourds l’ont emprunté quotidiennement. Pourtant, à l’aube de son 60e anniversaire, ce chef-d’œuvre d’ingénierie des années 1960 est désormais menacé par une menace insidieuse : le vol de ses éléments structuraux.

Des poutres en acier ont été sectionnées, des boulons retirés et des joints d’expansion vandalisés. Ces composants, essentiels à la stabilité de l’ouvrage, disparaissent méthodiquement, transformant une usure naturelle en risque structurel. Une inspection surprise menée fin août par le ministre des Travaux publics, David Umahi, a révélé l’ampleur des dégâts, laissant présager des conséquences bien plus graves qu’une simple détérioration.

Des failles de sécurité sous les projecteurs

Face à l’ampleur du pillage, les questions sur l’efficacité des dispositifs de sécurité se multiplient. Le pont, sous surveillance policière et militaire permanente 24 heures sur 24, abrite pourtant des équipes de sécurité dont l’inactivité interroge. Zike Gbemre, coordinateur de la Coalition pour la paix dans le Delta du Niger, souligne l’absurdité de la situation : comment des voleurs peuvent-ils s’emparer de poutres métalliques lourdes et longues, sans être interceptés, malgré la présence ostensible de forces de l’ordre ?

Le ministre Umahi a confirmé la disparition d’un joint d’expansion, déjà réparé une première fois, et dénoncé une « cécité délibérée » des agents chargés de la protection de l’infrastructure. « Nous ne sommes pas des chiens fous », a-t-il lancé, pointant du doigt l’absurdité d’une situation où les réparations sont sans cesse sabotées par des actes de vandalisme.

Des réparations d’urgence et des solutions structurelles

Conscient de l’urgence, Umahi a ordonné des travaux de consolidation immédiats : nettoyage des zones endommagées, soudure des parties fragilisées et remplacement des éléments volés. Mais au-delà des réparations ponctuelles, le ministre a pointé du doigt les causes profondes de la dégradation. L’accumulation de charges mortes sur le tablier, notamment en raison de l’asphaltage répété, aggrave la pression sur la structure, comme ce fut le cas pour le Troisième Pont de Lagos.

Pour prévenir de nouveaux actes de vandalisme, Umahi a annoncé l’installation de caméras de surveillance connectées en temps réel, de l’éclairage solaire le long du pont, ainsi que des opérations de maintenance nocturne pour réduire les perturbations. Pourtant, ces mesures ne répondent pas à la question centrale : qui contrôle les contrôleurs ?

Un défi national, bien au-delà d’un pont

Pour le ministre, ce phénomène dépasse le cadre d’un simple problème de maintenance. « Ce n’est pas un problème de l’APC, c’est un problème national », a-t-il martelé, appelant les Nigérians à une prise de conscience collective. L’Onitsha Head Bridge, conçu pour unir les communautés, porte désormais le poids de décennies de négligence, de surcharge et de vandalisme délibéré.

Alors que le pays compte sur cette infrastructure pour soutenir son économie, la disparition systématique de ses « os d’acier » révèle une crise plus large : celle de la gestion des ressources publiques et de la protection des biens nationaux. Sans une réponse coordonnée et une volonté politique forte, le symbole de l’unité nigériane pourrait bien devenir le miroir de ses failles les plus profondes.

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