Lors de l’ouverture de la 18ᵉ Foire internationale du livre et du matériel didactique (FILDAK), le Premier ministre sénégalais Ahmadou Alhaminou Lô a qualifié les œuvres africaines spoliées de « biens volés » et a annoncé des mesures concrètes pour ramener la mémoire du pays depuis l’étranger.
Une revendication renforcée au cœur de la FILDAK
Le chef du gouvernement a profité de la visibilité de la foire pour rappeler que le Sénégal, en concertation avec d’autres États africains, intensifiera les démarches de restitution des objets culturels et des archives conservés hors du continent. Il a souligné que le retour de ces biens ne doit pas être perçu comme une faveur, mais comme la reconnaissance d’un droit historique.
Le cadre juridique français qui facilite les retours
Le Premier ministre a rappelé l’existence d’un texte adopté sous la présidence d’Emmanuel Macron, qui autorise le gouvernement à retirer du domaine public les biens culturels pillés par décret, sans législation spécifique pour chaque dossier. Le dispositif s’applique aux objets acquis entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972 et requiert l’accord de la personne morale propriétaire lorsque le bien n’appartient pas à l’État. Cette évolution répond à une promesse faite en 2017 à Ouagadougou et ouvre la voie à des demandes africaines longtemps bloquées par le principe du domaine public.
Des archives sénégalaises encore majoritairement à l’étranger
Pour illustrer l’ampleur du problème, le Premier ministre a évoqué la bataille de Nguidjilone (1858‑1859), dont les sources principales se trouvent en France. Il a estimé qu’une part importante des écrits et de l’histoire du Sénégal demeure hors du pays, et que même les documents les plus anciens conservés dans les ministères de la région datent du second semestre du XIXᵉ siècle. Il a donc lancé un appel aux chercheurs et sociologues pour qu’ils collaborent avec l’État afin de reconstituer le récit national.
Investissements nationaux pour la sauvegarde du patrimoine
Au-delà de la restitution, le Premier ministre a réaffirmé l’engagement du gouvernement à finaliser deux projets structurants : la construction d’une nouvelle Bibliothèque nationale et la mise en place d’une Maison des archives. Ces infrastructures, interrompues pendant sept ans, visent à renforcer les capacités de conservation, à faciliter l’accès aux documents et à assurer la transmission des savoirs à l’ère du numérique. L’objectif affiché est de garantir que la mémoire nationale ne dépende plus uniquement du retour d’objets, mais aussi d’institutions solides capables de les protéger.