Trois mois après sa nomination, le Premier ministre sénégalais Al Aminou Lô n’a toujours pas prononcé sa déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale. Un retard qui, au-delà de la simple formalité protocolaire, pourrait constituer une violation de la loi et fragiliser la légitimité de son gouvernement.
Un délai légal strict et non respecté
Selon l’article 109 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale sénégalaise, la DPG doit intervenir « au plus tard trois mois après l’entrée en fonction du gouvernement ». Al Aminou Lô, nommé le 25 mai 2026, a donc jusqu’au 25 août pour s’acquitter de cette obligation. Or, à cette date, aucun discours ni débat n’a été organisé, malgré l’obligation d’aviser l’institution huit jours à l’avance. Pour l’expert parlementaire Alioune Souaré, ce retard « constitue une violation de la loi », soulignant l’absence de marge d’interprétation dans le texte.
Une DPG, étape clé pour la confiance parlementaire
La déclaration de politique générale n’est pas un simple rituel : elle permet au Premier ministre de présenter sa vision, ses priorités et de solliciter la confiance des députés. Si la DPG est suivie d’un débat, elle peut déboucher, à la demande du chef du gouvernement, sur un vote de confiance exigeant la majorité absolue. Dans ce contexte, l’absence de DPG après 99 jours interroge : s’agit-il d’une stratégie délibérée, d’un blocage institutionnel ou d’un dysfonctionnement dans l’organisation des travaux parlementaires ?
Un précédent qui pèse sur les institutions
Ce retard rappelle un scénario déjà vécu au Sénégal, où des tensions entre l’exécutif et le législatif avaient conduit à des blocages similaires. La situation actuelle ravive les craintes d’une instrumentalisation des règles ou, à l’inverse, d’une paralysie des institutions. Si le gouvernement ne se conforme pas à la loi, les recours juridiques ou politiques pourraient s’avérer inévitables, avec des conséquences sur la stabilité du pays. À suivre, les réactions des groupes parlementaires et les éventuelles mesures correctives.