Le Pôle territoire Sud du Sénégal, véritable réservoir de ressources naturelles, fait face à un paradoxe structurel majeur. Malgré une contribution significative à la production agricole nationale, la région peine à transformer ses atouts en emplois et en valeur ajoutée, maintenant une part importante de sa population dans la précarité.
Un poids agricole national sous-exploité
Avec 41 % de la production agricole nationale enregistrée en 2023, le Pôle Sud, incluant les régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou, s'impose comme un pilier de l'économie primaire. Le territoire bénéficie d'un patrimoine forestier dépassant les 100 000 hectares dans la seule zone de Ziguinchor, ainsi que d'un littoral riche et d'un potentiel touristique indéniable. Pourtant, cette richesse ne se traduit pas par une prospérité locale : le chômage des jeunes y oscille entre 35 et 40 %, exacerbé par un enclavement persistant et une dépendance excessive au secteur primaire.
Le défi de la transformation industrielle
Le diagnostic posé par le Programme accélération compétitivité et emplois (Pace) souligne une carence critique en matière de transformation locale. À titre d'exemple, seulement 2 à 3 % de la production de mangues sont transformés sur place, tandis que la filière anacarde souffre de l'exportation massive de noix brutes. Cette absence de valeur ajoutée fragilise les industriels locaux, qui peinent à sécuriser leur approvisionnement en matières premières, entraînant des fermetures d'unités de production. L'économie, fragmentée entre secteurs formel et informel, ne parvient pas à structurer des chaînes de valeur pérennes.
Vers une nouvelle stratégie territoriale
Pour inverser cette tendance, les experts préconisent une rupture avec le modèle actuel, où l'État occupe une place prépondérante au détriment du secteur privé. Moussa Sall, consultant pour la task force du Pace, insiste sur la nécessité de repenser l'économie des pôles territoriaux en favorisant l'implication réelle des acteurs privés dans chaque maillon de la chaîne de production. Cette approche vise à transformer les 2,4 millions d'hectares de terres cultivables en un moteur de développement industriel.
Un outil pour la planification locale
Les autorités locales, à l'instar du Conseil départemental de Ziguinchor, accueillent ces données comme une base de travail indispensable. Cette étude monographique est appelée à devenir un document de référence pour la planification stratégique du territoire. L'enjeu est désormais de passer d'une exploitation brute des ressources à une stratégie de développement intégré, capable de stabiliser l'économie régionale et de répondre aux besoins d'emploi des populations locales.