L'injonction culturelle faite aux garçons ghanéens de dissimuler leurs émotions et de faire preuve d'une stoïcité constante constitue un frein majeur à leur bien-être psychologique. À travers son initiative « Boys’ Life Matters », le journaliste Kobby Kyei met en lumière les risques collectifs d'une éducation qui, en valorisant le silence, empêche la dénonciation d'abus graves et fragilise la santé mentale de toute une génération.
Le poids des injonctions à la virilité
Dans les foyers, les établissements scolaires et les lieux de culte au Ghana, l'expression « man up » (sois un homme) est devenue une norme éducative omniprésente. Selon Kobby Kyei, cette pression sociale contraint les jeunes garçons à refouler systématiquement leurs émotions, leur détresse ou leurs peurs. Cette culture de la dissimulation, héritée de l'enfance, crée un isolement psychologique profond où l'expression de la vulnérabilité est perçue comme une faiblesse, privant les garçons d'espaces de parole sécurisés.
L'impunité face aux abus sexuels
Au-delà de la santé mentale, ce silence imposé a des conséquences concrètes sur la sécurité des mineurs. Le militant rapporte des cas où des garçons, victimes d'abus sexuels de la part d'enseignants ou de personnel domestique, se sont retrouvés dans l'incapacité de dénoncer leurs agresseurs. L'absence de structures d'accueil adaptées et la pression sociale à la virilité enferment ces victimes dans un cycle de traumatisme, faute d'interlocuteurs vers qui se tourner sans crainte d'être jugés.
Rééquilibrer le discours sur la protection de l'enfance
L'engagement de Kobby Kyei vise à combler un vide institutionnel et culturel. En soulignant que les décennies de politiques publiques se sont majoritairement concentrées sur la protection de la jeune fille, il appelle à une prise de conscience sur la vulnérabilité spécifique des garçons. Son plaidoyer insiste sur la nécessité de créer des espaces de parole légitimés par la société, permettant aux garçons de briser le silence sans être stigmatisés, une étape indispensable pour lutter contre les violences systémiques dont ils sont victimes.