Le Plan Jaxaay, lancé par l'État sénégalais pour reloger les populations sinistrées après les inondations de 2005, fait aujourd'hui face à un paradoxe majeur : la cité elle-même subit les remontées de nappes phréatiques et la stagnation des eaux. Ce projet, doté d'une enveloppe de 52 milliards de FCFA pour la construction de 4 000 logements sociaux, cristallise les difficultés de l'agglomération dakaroise à concevoir des solutions durables face aux aléas climatiques.
Des carences structurelles dans la planification
L'échec relatif du programme Jaxaay souligne une déconnexion entre les ambitions politiques et la réalité technique du terrain. Selon les analyses, le projet a souffert d'études préalables insuffisantes, d'incohérences dans l'exécution et, surtout, d'une absence de réseaux d'assainissement et de drainage adéquats. Les infrastructures prévues initialement n'ont pas été finalisées avant l'installation des familles, rendant les logements vulnérables à l'humidité et aux inondations récurrentes qui touchent déjà les zones de Pikine, Guédiawaye et Keur Massar.
L'urgence d'une refonte du réseau routier
La problématique dépasse le cadre strict de Jaxaay et concerne l'ensemble de la capitale. Une étude technique menée par Technosol Ingénierie-Aci, présentée en juin 2026, révèle que 95 % des ouvrages de drainage liés au réseau routier de Dakar nécessitent une intervention urgente. L'expert Abdourahmane Mbengue souligne que les équipements actuels sont incapables d'assurer une évacuation sécurisée et continue des eaux pluviales, aggravant les pertes économiques et les déplacements forcés de populations.
Vers une nouvelle vision de l'aménagement urbain
Face à ce constat, les experts Ndemba Diallo et Papa Gueye Sow préconisent un changement de paradigme. Il s'agit désormais d'intégrer systématiquement les risques climatiques dans la planification urbaine, en évitant l'occupation des zones fortement exposées et en envisageant, si nécessaire, la relocalisation des populations les plus vulnérables. Les recommandations incluent le déploiement de bassins de rétention, de stations de pompage et de voiries favorisant l'infiltration, couplés à une cartographie précise des zones à risque.
La nécessité d'une gestion proactive
Au-delà des infrastructures, la résilience de Dakar dépendra de la mise en place de systèmes d'alerte précoce et de plans d'urgence locaux. L'entretien régulier des équipements existants et une meilleure sensibilisation des citoyens apparaissent comme des leviers indispensables pour éviter que les programmes de logement ne deviennent, par manque de vision territoriale, de nouveaux foyers de vulnérabilité pour les populations sénégalaises.