Cinq ans après son lancement, le plan d'investissement « France 2030 » fait l'objet d'un bilan contrasté. Si le gouvernement met en avant une dynamique de transformation industrielle, la Cour des comptes pointe des fragilités majeures, notamment une gestion budgétaire incertaine et une absence de priorisation stratégique.
Une efficacité difficile à quantifier
Le plan, doté de 54 milliards d'euros, visait initialement à rattraper le retard industriel français et à soutenir l'innovation. Si le Conseil d'analyse économique soutient que le dispositif génère une rentabilité macroéconomique à long terme, la Cour des comptes juge prématuré tout bilan définitif. À fin 2025, moins de 10 % des 7 300 projets sélectionnés étaient achevés, rendant l'évaluation de leur impact réel sur l'économie nationale encore largement théorique.
Le risque de la dispersion des moyens
La juridiction financière souligne une dérive dans la nature même du programme. Initialement conçu pour soutenir la recherche et l'innovation, « France 2030 » s'est transformé en un vaste outil de politique industrielle, finançant massivement l'industrialisation de technologies matures, comme les usines de batteries ou de semi-conducteurs. Cette extension du périmètre, sans étude d'impact préalable, a conduit à une dispersion des ressources de l'État sur dix objectifs trop vastes, au détriment d'une sélection rigoureuse des segments de chaîne de valeur les plus prometteurs.
Un mur budgétaire et des engagements contractuels
La gestion financière du plan inquiète particulièrement les magistrats. Sur les 33 milliards d'euros déjà contractualisés, seuls 14 milliards ont été décaissés. L'État fait face à un « mur d'engagements » de 19 milliards d'euros sans calendrier prévisionnel précis pour les versements futurs. Cette situation est aggravée par une dépendance excessive aux subventions, qui représentent 82 % des fonds engagés. Ce modèle, jugé coûteux, soulève également la question des effets d'aubaine : une enquête indique que près de la moitié des projets financés auraient pu voir le jour sans l'intervention publique.
Concentration des fonds et manque d'agilité
Le déploiement du plan a favorisé une forte concentration des ressources : 1 % des projets captent près de la moitié des montants contractualisés, au profit des grandes structures. Par ailleurs, la Cour des comptes déplore une rigidité administrative qui empêche le redéploiement des crédits vers des secteurs émergents comme l'intelligence artificielle ou le quantique. La difficulté à interrompre les projets en difficulté, par crainte de contentieux, limite la capacité de l'État à ajuster sa stratégie face aux évolutions technologiques rapides.