Face à l'ambition du Ghana de transformer son économie et de renforcer ses entreprises nationales, l'homme d'affaires Kofi Amoah appelle à une refonte drastique des mécanismes de lutte contre la corruption. Selon lui, l'impunité actuelle transforme le détournement de fonds publics en une stratégie d'enrichissement socialement acceptée, menaçant ainsi la viabilité des projets de développement du pays.
L'impératif de la probité dans les entreprises d'État
Kofi Amoah soutient que l'implication de l'État dans des secteurs stratégiques peut être un moteur de croissance, à condition que la gestion soit confiée à des technocrates compétents et non partisans. Toutefois, il souligne que la concentration de ressources financières importantes entre les mains de quelques individus crée un risque majeur d'abus. Pour que cette stratégie réussisse, le pays doit impérativement instaurer des mécanismes de contrôle rigoureux capables de prévenir toute dérive financière avant qu'elle ne compromette les objectifs nationaux.
Le coût humain de la corruption
Au-delà du préjudice financier, l'entrepreneur insiste sur les conséquences directes de la corruption sur la vie des citoyens. Il illustre son propos par le dysfonctionnement d'équipements médicaux essentiels, comme les machines de dialyse au centre hospitalier universitaire de Korle Bu, faute de fonds détournés. Pour lui, le vol de deniers publics destinés aux infrastructures, à la santé ou à l'éducation ne constitue pas un crime sans victime, mais une entrave directe à l'accès aux services publics fondamentaux.
Réviser l'équation entre risque et récompense
Le constat de Kofi Amoah est sans appel : lorsque la probabilité d'être détecté est faible et que les sanctions sont dérisoires face aux gains potentiels, le système incite à la malversation. Il pointe du doigt l'insuffisance des rémunérations dans certains secteurs publics, qui, couplée à une culture de l'impunité, pousse des responsables à privilégier l'enrichissement personnel. Il appelle à une justice capable de poursuivre les auteurs sans interférence politique, quel que soit leur bord, pour briser ce cycle où « l'intégrité semble être un handicap ».
Un risque pour la stabilité sociale
L'homme d'affaires met en garde contre les dangers à long terme d'une corruption systémique. En normalisant l'enrichissement illicite, la société risque de voir émerger un sentiment de frustration profonde chez les citoyens, incapables d'accéder à une réussite légitime. Il exhorte les autorités à faire de la lutte contre ce fléau un pilier central de l'agenda national, avertissant que sans une action déterminée, le Ghana risque de compromettre durablement ses chances de prospérité et de stabilité.