Le Parti de la justice et du développement (PJD) a officiellement choisi de ne pas inclure d'objectifs chiffrés, tels que la croissance ou les hausses de salaires, dans son programme électoral. Cette stratégie, assumée par sa direction, vise à éviter les promesses intenables et à s'adapter aux réalités du système politique marocain.
Une stratégie fondée sur la prudence politique
Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, justifie ce refus par la nécessité d'être honnête vis-à-vis des citoyens et de l'État. Selon lui, avancer des chiffres précis serait trompeur, car la formation d'un gouvernement nécessite des alliances qui obligent à harmoniser les programmes. Le parti souligne également que le système électoral actuel, marqué par le quotient électoral, limite la capacité d'un seul parti à obtenir une majorité absolue, rendant l'application intégrale d'un programme unilatéralement chiffré techniquement complexe.
La critique du populisme électoral
Pour Driss El Azami El Idrissi, membre du secrétariat général, promettre des chiffres arbitraires, comme la création d'un million d'emplois, équivaut à mentir aux électeurs. Le parti préfère axer son discours sur la responsabilité politique et la reddition des comptes. Le PJD oppose cette approche à ce qu'il qualifie de « manipulation » de la part d'autres acteurs politiques, affirmant que la véritable gouvernance réside dans la capacité à corriger les dysfonctionnements structurels plutôt que dans l'affichage de résultats prévisionnels incertains.
Réformes économiques et justice fiscale
Malgré l'absence de chiffres, le PJD esquisse des priorités économiques claires pour répondre au paradoxe entre le volume des investissements et la faiblesse de la croissance. Le parti préconise une meilleure répartition des marchés publics et des partenariats public-privé pour stimuler le tissu entrepreneurial national. Sur le plan fiscal, la formation propose une réforme visant à instaurer une plus grande justice, notamment en révisant les taux d'imposition pour alléger la charge des très petites et microentreprises au profit d'un soutien accru à ces structures.
Un enjeu de gouvernance et d'égalité des chances
Le programme met en avant la nécessité d'un accès équitable à l'investissement pour corriger les déséquilibres actuels. Le PJD insiste sur le fait que la réussite économique dépendra de la capacité de l'État à surmonter la concentration des marchés et à garantir l'égalité des chances. Cette vision se veut une réponse directe aux crises sociales, le parti affirmant que l'interaction constante avec les préoccupations des citoyens doit primer sur les engagements chiffrés qui, selon lui, se révèlent souvent déconnectés de la réalité de l'exercice du pouvoir.