Le Parti de la justice et du développement (PJD) a officiellement acté son positionnement pour la prochaine législature marocaine. Réuni en session extraordinaire à Bouznika, le Conseil national du parti a validé à l'unanimité le choix de siéger dans l'opposition, écartant toute participation à un gouvernement dirigé par le Parti authenticité et modernité (PAM).
Une stratégie de rupture avec le PAM
Ce choix institutionnel confirme la ligne défendue par le secrétaire général Abdelilah Benkirane au lendemain des élections du 23 septembre. Le PJD justifie cette décision par une volonté de cohérence politique, après avoir mené une campagne critique envers les formations ayant dominé la précédente majorité. Au-delà des désaccords programmatiques, le parti a également exprimé des réserves sur la légitimité du succès électoral du PAM, évoquant des irrégularités dans certaines circonscriptions que le mouvement entend contester via les mécanismes légaux appropriés.
Un retour en force à la Chambre des représentants
Le PJD aborde cette nouvelle séquence avec un poids parlementaire nettement renforcé, passant de 13 sièges en 2021 à 54 élus aujourd'hui. Cette progression, qualifiée de « victoire » par la direction du parti, permet à la formation de retrouver une capacité d'action réelle au sein de l'hémicycle. Avec ce groupe élargi, le PJD dispose désormais des moyens nécessaires pour interpeller l'exécutif, porter des débats sur le pouvoir d'achat, l'emploi et les politiques sociales, et structurer une opposition plus audible que lors de la législature précédente.
Les défis d'une opposition responsable
Si le PJD entend exercer une « opposition nationale responsable », il devra naviguer entre son rôle de contre-pouvoir et son héritage gouvernemental passé. Le parti devra en effet clarifier ses positions sur des dossiers où il a lui-même exercé des responsabilités par le passé, tout en évitant les écueils d'une opposition purement populiste. Dans un paysage parlementaire où le PAM devra composer avec des alliés comme le RNI (66 sièges) et l'Istiqlal (65 sièges), le PJD cherchera à s'imposer comme une force de proposition capable de peser sur les politiques publiques, sans pour autant disposer d'une capacité de blocage numérique face à une majorité largement constituée.
Une nouvelle dynamique pour Abdelilah Benkirane
Cette séquence marque une étape décisive pour Abdelilah Benkirane, revenu à la tête du parti en 2021. Le défi pour le leader est désormais de transformer ce regain électoral en une influence politique durable. En refusant de s'allier au PAM, le PJD mise sur la remobilisation de sa base militante et sur une présence parlementaire accrue pour reconstruire son projet politique, tout en testant sa capacité à influencer l'agenda législatif depuis les bancs de l'opposition.