Le piège des alliances transactionnelles : quand le soutien aux groupes armés se retourne contre les États

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 18 lectures
Le piège des alliances transactionnelles : quand le soutien aux groupes armés se retourne contre les États

Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, le paysage sécuritaire mondial reste marqué par une mutation constante des menaces terroristes. Loin d'être des phénomènes isolés, ces mouvements sont souvent le produit de calculs politiques à court terme où des États, par intérêt stratégique, ont tenté de manipuler des groupes armés avant d'en perdre le contrôle.

De Manille au 11 septembre : la genèse d'une menace

L'histoire du terrorisme moderne trouve une racine méconnue dans le complot « Bojinka », découvert par accident à Manille en 1995 après un incendie dans un appartement. Les documents saisis révélaient un projet ambitieux visant des avions commerciaux, orchestré par Ramzi Yousef et son oncle, Khalid Sheikh Mohammed (KSM). Ce dernier, futur architecte du 11 septembre, a transformé cette idée initiale : au lieu d'utiliser des bombes, les avions eux-mêmes sont devenus des armes. La capture de KSM en 2003 au Pakistan a permis de démanteler une partie du réseau, mais a également mis en lumière la complexité des connexions internationales derrière ces cellules.

Le coût humain des stratégies transactionnelles

La persistance du terrorisme souligne l'échec des politiques fondées sur l'instrumentalisation des extrémistes. Des États comme le Pakistan, avec le soutien initial aux Talibans pour contrer l'influence indienne, ou les États-Unis, via leur appui aux moudjahidines durant la guerre froide, ont illustré cette « malédiction du leadership transactionnel ». En cherchant à utiliser des groupes violents comme pions sur l'échiquier géopolitique, ces puissances ont créé des sanctuaires pour des organisations comme Al-Qaïda, finissant par subir les conséquences directes de ces alliances contre-nature.

Leçons africaines : de l'instrumentalisation à l'insécurité chronique

Le continent africain, et particulièrement la région du Sahel et du bassin du lac Tchad, fait face à des dynamiques similaires. Au Nigeria, Boko Haram a initialement bénéficié de la tolérance, voire de la complaisance, de certains acteurs politiques locaux cherchant un levier électoral. Cette stratégie a conduit à une fragmentation du groupe et à une insécurité généralisée qui menace aujourd'hui les élites mêmes qui l'avaient encouragé. Le financement du terrorisme, souvent traité avec une indifférence politique, demeure un angle mort qui alimente la résilience de ces mouvements.

L'impératif de la résilience institutionnelle

La leçon universelle de ces deux dernières décennies est que la violence ne peut être louée sans en payer le prix fort. La sécurité durable ne repose pas sur des guerres par procuration ou des alliances avec des groupes radicaux, mais sur la construction de sociétés justes et d'institutions inclusives. En privant les extrémistes des griefs qu'ils exploitent pour recruter, les États peuvent espérer briser ce cycle. À défaut, les gouvernements continueront de sacrifier la stabilité à long terme pour une illusion de contrôle immédiat, laissant les populations civiles assumer le coût humain de ces erreurs stratégiques.

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