L'engouement pour les vêtements de seconde main est souvent présenté comme une solution écologique idéale pour réduire notre empreinte environnementale. Pourtant, des analyses scientifiques révèlent que ce marché peut paradoxalement encourager la surconsommation en déculpabilisant l'achat. Cette dérive de l'économie circulaire interroge la viabilité de nos modèles industriels et nos habitudes de consommation actuelles.
Les faits essentiels
Les volumes de déchets textiles restent massifs malgré l'essor de la revente. En 2023, Recyc-Québec a enregistré l'élimination de 344 000 tonnes de textiles, soit 38 kg par habitant. Une étude de 2025 menée par l'Agence de la transition écologique (ADEME), l'Université Paris Dauphine-PSL et le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie révèle que les plateformes de seconde main servent souvent de sources d'approvisionnement supplémentaires à bas prix plutôt que de leviers de sobriété. Leurs usagers réguliers figurent d'ailleurs parmi les plus grands consommateurs de vêtements, malgré un budget moyen légèrement inférieur. Ce constat s'aligne sur les travaux des professeurs Trevor Zink et Roland Geyer, qui démontrent que les activités circulaires perdent leurs bénéfices environnementaux si elles provoquent une hausse globale de la production ou de la consommation.
Pourquoi c'est important
Ce phénomène illustre l'effet de rebond de l'économie circulaire. La seconde main cesse d'être une alternative durable pour devenir un moyen de rendre la surconsommation acceptable. Les acheteurs multiplient les acquisitions sous prétexte que les prix sont bas et que les produits ne sont pas neufs. On assiste à un cycle accéléré où l'on achète, porte brièvement, revend et rachète pour libérer de l'espace. De plus, la multiplication des transactions engendre des externalités négatives concrètes, notamment liées aux impacts du transport et au raccourcissement du cycle d'usage des vêtements. Le vêtement conserve sa fonction sociale et identitaire, ce qui pousse à la recherche constante de nouveauté, qu'elle soit neuve ou d'occasion.
Ce qu'il faut surveiller
L'avenir de la transition écologique dépendra de la capacité à passer d'une simple gestion des déchets à une véritable économie de la durée. Il conviendra de surveiller si les entreprises parviendront à concevoir des produits plus robustes et réparables, et si elles détacheront leur rentabilité de la multiplication des volumes vendus. Le rôle des pouvoirs publics sera également déterminant à travers le soutien aux infrastructures de tri, de réparation, de réemploi et le déploiement de la responsabilité élargie des producteurs. Enfin, le véritable défi résidera dans la transformation des imaginaires collectifs pour que le vêtement déjà possédé soit enfin considéré comme le premier choix durable.