La septième merveille du monde antique, le phare d'Alexandrie, bénéficie d'une reconstitution numérique d'une précision inédite grâce à une collaboration entre le CNRS et la fondation Dassault Systèmes. Ce projet de réalité virtuelle ne constitue pas seulement une prouesse technologique, mais un outil scientifique majeur pour assembler le puzzle complexe des vestiges immergés de l'édifice.
Une synergie entre archéologie sous-marine et modélisation
Depuis 1995, les travaux de l'archéologue Jean-Yves Empereur et de l'ingénieure de recherche Isabelle Hairy ont permis de cartographier un site sous-marin exceptionnel. En juin 2025, une opération de terrain a permis d'extraire temporairement des blocs monumentaux, pesant jusqu'à 80 tonnes, afin de réaliser un traitement photogrammétrique complet. Ces données brutes ont été intégrées dans un jumeau numérique, permettant aux chercheurs de visualiser et d'analyser ces éléments architecturaux à taille réelle dans un environnement virtuel.
La synthèse des savoirs historiques et techniques
Face à la fragmentation des vestiges, l'équipe pluridisciplinaire a croisé les données archéologiques avec des sources textuelles médiévales, notamment les écrits de l'architecte Ibn al-Sheikh. La conversion des unités de mesure anciennes a permis de modéliser l'architecture intérieure du phare, révélant une structure labyrinthique composée d'une rampe et de neuf étages. Cette immersion 3D offre une compréhension spatiale impossible à obtenir par les méthodes de représentation traditionnelles en deux dimensions.
Un accélérateur pour la recherche scientifique
Au-delà de la prouesse visuelle, ce modèle numérique sert de laboratoire de simulation. Les chercheurs ont pu tester la résistance structurelle du phare face à des séismes de magnitude 6 ou 7, confirmant le génie architectural de l'époque. Pour Isabelle Hairy, ce jumeau numérique est un levier stratégique : alors que seulement 10 % des pierres identifiées ont été replacées, l'outil doit faciliter l'identification future des blocs sous-marins. Cette avancée technologique ouvre une nouvelle ère pour l'étude du monument, tout en préparant une future médiation auprès du grand public.