Le secteur privé sénégalais monte au créneau pour réclamer une refonte des conditions d'accès aux grands projets de l'État. Avec seulement trois contrats de partenariat public-privé (PPP) signés depuis 2021, les organisations patronales exigent l'instauration de quotas de sous-traitance locale pour éviter la marginalisation des entreprises nationales face aux groupes internationaux.
Un bilan jugé insuffisant
Le bilan des trois dernières années, marqué par une faible activité contractuelle, alimente une vive inquiétude au sein du tissu économique sénégalais. Lors d'un récent débat à la Chambre de Commerce, d'Industrie et d'Agriculture de Dakar, les représentants du patronat ont souligné les obstacles structurels qui freinent leur participation. Les exigences actuelles en matière de garanties financières, de fonds propres et de taille critique des entreprises sont pointées du doigt comme des barrières à l'entrée, empêchant les acteurs locaux de se positionner sur des projets d'envergure.
La quête de souveraineté économique
Au cœur des revendications figure la volonté de transformer le modèle des PPP. Au-delà des quotas de sous-traitance, les opérateurs plaident pour des obligations de participation au capital des projets. L'enjeu est de taille : le besoin de financement pour soutenir une croissance supérieure à 7 % est estimé à 18 000 milliards de francs CFA. Des secteurs stratégiques, tels que la souveraineté alimentaire et le projet « Gas-to-Power », sont identifiés comme des leviers majeurs. Ce dernier, en particulier, pourrait réduire significativement le coût du kilowatt-heure, passant de 110 à 60 francs CFA, à condition que le tissu économique local soit pleinement intégré à la chaîne de valeur.
Vers une structuration du dialogue
La Primature a initié une série de concertations pour apaiser les tensions et définir un cadre opérationnel. Si l'Unité Nationale d'Appui aux Partenariats Public-Privé (UNAPPP) mise sur la formation et le renforcement des capacités des entreprises, le patronat insiste sur la nécessité de créer des consortiums nationaux. En s'inspirant de modèles observés au Maroc, au Ghana, au Kenya ou en Mauritanie, ces groupements pourraient réunir industriels, banques et assurances locaux pour répondre aux exigences des appels d'offres. Toutefois, la Direction Centrale des Marchés Publics rappelle que l'appel d'offres demeure le principe fondamental, l'entente directe ne constituant qu'une exception strictement encadrée.