Le patronat de la presse sénégalaise a dressé un constat alarmant lors d'une rencontre avec le Premier ministre, qualifiant la situation actuelle du secteur d'« état de putréfaction ». Au-delà des difficultés économiques, les acteurs des médias alertent sur une menace directe pesant sur la souveraineté informationnelle du pays.
Un bilan économique dévastateur
Le secteur traverse une crise sans précédent depuis 2020, marquée par une chute de plus de 70 % du chiffre d'affaires des entreprises de presse. Le patronat souligne l'absence de soutien financier durant la pandémie de Covid-19, malgré un fonds national de mille milliards de FCFA. Cette fragilité financière a été aggravée, selon les représentants, par une politique fiscale jugée étouffante, le blocage du Fonds d'Appui au Développement de la Presse (FADP) et la résiliation unilatérale de contrats publicitaires par l'administration précédente, menant à une situation où plusieurs médias ont déjà cessé d'émettre.
Conséquences sociales et précarisation des emplois
La crise dépasse le cadre comptable pour toucher directement le tissu social. Le patronat fait état de centaines de licenciements, d'arriérés de salaires dépassant parfois douze mois et d'une absence totale de couverture sociale pour les travailleurs. Cette précarité entraîne des conséquences humaines graves, incluant la déscolarisation d'enfants et des décès liés à un défaut de prise en charge médicale. Le gel des recrutements de jeunes professionnels menace également la pérennité du secteur et le renouvellement des compétences au sein des rédactions.
Enjeux de souveraineté et régulation
Pour le patronat, la survie de la presse privée est indissociable de la stabilité de l'État. Il met en garde contre les risques de désinformation et l'influence croissante de puissances étrangères dans l'espace médiatique national, favorisées par l'affaiblissement des médias locaux. Face à ces défis, les acteurs réclament des concertations techniques approfondies avec le gouvernement, plutôt que de simples échanges protocolaires. Ils insistent sur la nécessité d'une nouvelle approche de la régulation, après l'échec d'une précédente tentative législative retoquée par le Conseil constitutionnel, afin de garantir un cadre viable pour l'information nationale.