La justice kenyane a rendu un verdict historique dans l'affaire de la forêt de Shakahola, condamnant le pasteur Paul Mackenzie et 28 de ses collaborateurs pour le meurtre de 191 personnes. Ce drame, qui a coûté la vie à 190 enfants, met en lumière les conséquences extrêmes de l'emprise psychologique exercée par le leader de la Good News International Ministries sur ses adeptes.
Une mécanique de la mort orchestrée
Lors d'un procès fleuve à Mombasa, la juge Diana Mochache a mis en exergue le rôle central de Paul Mackenzie, perçu par ses fidèles comme le « porte-parole de Jésus ». Les témoignages recueillis durant l'audience ont révélé une organisation méthodique : les adeptes étaient contraints au jeûne absolu pour « rencontrer Jésus ». Ceux qui tentaient de résister subissaient des violences physiques, allant jusqu'aux coups et blessures, pour les forcer à se soumettre à cette doctrine mortifère. Les décès, qualifiés cyniquement de « mariages » avec le Christ, étaient dissimulés dans des fosses communes creusées par des ouvriers locaux, parfois rémunérés à des tarifs dérisoires pour enterrer des corps, dont certains étaient retrouvés ligotés dans des draps.
L'emprise sur les structures familiales
Fondée en 2003, la Good News International Ministries a progressivement radicalisé son discours, rejetant l'éducation, la médecine moderne et les documents d'identité officiels, qualifiés d'« œuvres du diable ». Ce conditionnement a conduit des familles entières à s'isoler dans la forêt de Shakahola à partir de 2019. L'impact sur les plus vulnérables a été dévastateur : des enfants, parfois âgés de quelques semaines seulement, ont péri dans des conditions atroces. Même après la découverte des faits par des éleveurs locaux en mars 2023, certains adeptes, profondément imprégnés par les enseignements du pasteur, ont continué à défendre sa doctrine, illustrant la puissance de l'emprise psychologique qui a rendu le sauvetage de certains survivants extrêmement complexe.
Responsabilités et enjeux judiciaires
Si les accusés ont plaidé non coupables, affirmant que les décès résultaient de choix personnels, les preuves matérielles et les témoignages des fossoyeurs ont contredit cette version. La découverte de corps empilés dans des fosses communes a révélé l'ampleur de la tragédie, rendant l'identification des victimes particulièrement difficile en raison de la décomposition avancée. Ce verdict marque une étape judiciaire majeure dans un pays où les activités des mouvements religieux sont désormais scrutées avec une attention accrue. L'affaire soulève des questions fondamentales sur la régulation des organisations religieuses et la protection des citoyens contre les dérives sectaires qui exploitent la foi pour commettre des crimes de masse.