Le Parti québécois veut réduire l’impôt des sociétés à 9,5 % : quelles pertes de recettes et quels risques pour le déficit zéro ?

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 5 lectures
Le Parti québécois veut réduire l’impôt des sociétés à 9,5 % : quelles pertes de recettes et quels risques pour le déficit zéro ?

Le Parti québécois (PQ) a inscrit dans son programme électoral la promesse de faire passer le taux d’imposition du revenu des sociétés de 11,5 % à 9,5 %. Selon la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke, cette mesure coûterait au Québec environ 2,5 milliards de dollars par an, soit 8,9 milliards sur cinq ans, remettant en cause la trajectoire du déficit zéro prévue pour 2028‑2029.

Le calcul du coût fiscal

Le modèle de la Chaire estime que la réduction du taux d’imposition entraînera une perte de recettes annuelles de 2,5 milliards de dollars. Le PQ avance que l’allègement fiscal stimulerait l’activité économique et générerait des recettes additionnelles de 692 millions de dollars, un chiffre jugé largement insuffisant pour compenser la perte initiale. Les analystes soulignent que l’effet dynamique attendu reste hypothétique et que la réduction des subventions aux entreprises, prévue en même temps, pourrait accentuer la perte de recettes.

Impact sur les promesses budgétaires

Le principal objectif du gouvernement minoritaire, qui ne dispose que d’une espérance de vie de 18 mois, est de revenir à un budget équilibré sans déficit d’ici 2028‑2029. La baisse du taux d’imposition, en privant l’État de 2,5 milliards chaque année, rend cet objectif « herculéen ». De plus, le PQ prévoit de compenser partiellement la perte en réduisant les subventions directes aux entreprises, notamment celles versées par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et par Investissement Québec, ce qui pourrait affaiblir les mesures de soutien déjà en place.

Conséquences politiques et économiques

Cette orientation marque une rupture avec la tradition interventionniste des gouvernements précédents, qui avaient soutenu des projets emblématiques comme la C‑Series de Bombardier ou l’usine de pâtes Gaspésia. En misant sur un « laisser‑faire » fiscal, le PQ espère attirer des investissements et renforcer la compétitivité du Québec en Amérique du Nord. Cependant, les députés de la majorité minoritaire devront concilier cette ambition avec la réalité locale : les entreprises de leurs circonscriptions attendent des aides concrètes, des subventions et des projets visibles. Un déséquilibre entre promesses de compétitivité et réduction des aides pourrait alimenter des tensions au sein même du parti.

Perspectives et points de suivi

Le débat reste ouvert sur la viabilité du plan fiscal du PQ. Les observateurs attendent notamment les réponses du ministère des Finances quant aux mécanismes de compensation, ainsi que les réactions des acteurs économiques qui pourraient profiter ou subir la baisse d’impôt. La mise en œuvre de la mesure, si elle est adoptée, devra être suivie de près pour mesurer l’impact réel sur la création d’emplois, la croissance du PIB provincial et, surtout, la capacité du Québec à atteindre son objectif de déficit zéro.

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