Le partenariat entre le ministère camerounais de l'Administration territoriale et CinetPay suscite des interrogations

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 28 lectures
Le partenariat entre le ministère camerounais de l'Administration territoriale et CinetPay suscite des interrogations

Une note de la présidence camerounaise datée du 16 octobre 2026 a ouvert la voie à une collaboration entre le ministère de l'Administration territoriale (Minat) et la fintech CinetPay. Cette convention vise à confier à l'opérateur privé la surveillance numérique du secteur des jeux de hasard, une décision qui fait l'objet de vives critiques en raison de procédures judiciaires visant l'entreprise au Sénégal.

Un périmètre d'intervention étendu

Le projet de convention prévoit que CinetPay assure une mission de contrôle technique sur l'ensemble de l'écosystème des jeux d'argent. Les prérogatives envisagées incluent l'identification des plateformes opérant dans la clandestinité, le suivi des points de vente physiques, la vérification de l'âge des parieurs ainsi que la surveillance des flux financiers non déclarés. Cette initiative, portée par le Minat, a été notifiée par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, avec copie aux services du Premier ministre et aux ministères des Finances et des Postes et Télécommunications.

L'ombre d'une enquête régionale

La controverse naît de la situation de CinetPay au Sénégal, où l'entreprise a été citée dans une enquête menée par la Division des spécialistes en criminalité financière. Des informations relayées par la presse sénégalaise font état de poursuites visant une responsable commerciale de la structure pour des chefs d'accusation incluant l'association de malfaiteurs, l'exercice illégal d'une activité bancaire et le blanchiment de capitaux, portant sur des transactions estimées à plus de 10 milliards de francs CFA. De son côté, la direction de CinetPay rejette ces allégations, affirmant avoir rompu le contrat litigieux et collaboré avec les autorités judiciaires compétentes.

Les enjeux de la régulation des jeux de hasard

Le choix de déléguer la supervision d'un secteur hautement sensible à un acteur privé soulève des questions de gouvernance. Le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (Gabac) soulignait déjà, dans un rapport publié en 2022, la vulnérabilité structurelle des jeux de hasard face aux risques de criminalité financière. L'absence de références publiques sur l'expertise de CinetPay en matière de régulation administrative alimente les craintes des observateurs quant à la gestion de données transactionnelles hautement confidentielles.

Une signature sous condition

À ce jour, la convention n'a pas encore été formellement signée. La lettre de la présidence précise que le projet devra faire l'objet d'une validation préalable par les autorités compétentes. Il reste désormais à déterminer si le ministère de l'Administration territoriale procédera à une évaluation approfondie de la conformité et de la probité de son partenaire avant de finaliser cet engagement, ou si des garanties supplémentaires seront exigées pour sécuriser ce dispositif de surveillance publique.

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