Le Parlement sénégalais traverse une crise institutionnelle majeure, marquée par le rejet des crédits spéciaux, des attaques politiques virulentes et des tensions persistantes entre majorité et opposition. Entre blocages juridiques et déclarations polémiques, l’équilibre des pouvoirs est mis à l’épreuve.
Le Conseil constitutionnel enterre les crédits spéciaux, Pastef contre-attaque
Le 25 août 2026, le Conseil constitutionnel a invalidé la proposition de loi n° 36/26 sur les crédits spéciaux, initiée par la majorité parlementaire Pastef. La haute juridiction a jugé que le texte empiétait sur le pouvoir réglementaire du gouvernement et violait la loi organique sur les finances publiques (LOLF). Une décision qui a provoqué une vague de réactions, avec des accusations de sabotage institutionnel de la part de Pastef, qui dénonce un « blocage systématique » des réformes promises.
Mamadou Diop Decroix et la guerre des tribunes
Dans une tribune publiée cette semaine, l’ancien ministre Mamadou Diop Decroix a critiqué la gestion des réformes par la majorité, évoquant un « début des hostilités » entre l’Exécutif et le Parlement. Il a pointé du doigt les lacunes du système législatif, les tensions dans l’hémicycle – comme l’éviction du député Abdou Mbow – et la question de la transparence des déclarations de patrimoine des élus. Une prise de position qui s’inscrit dans un climat de défiance croissante envers les institutions.
Ousmane Sonko dans la ligne de mire des critiques
Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, fait l’objet d’attaques répétées, notamment de la part de figures politiques comme le Dr. Lansana Gagny Sakho. Ce dernier, membre fondateur du parti Kiiray, accuse Sonko de « sabotage » de l’action gouvernementale et dénonce l’utilisation controversée de fonds publics. Ces critiques surviennent après le limogeage de Sakho de la Primature en mai 2026, un épisode qui a ravivé les tensions au sein de la majorité.
Alliances et trahisons : Demba Diop Sy et la quête d’unité
Dans ce contexte tendu, le maire de Tivaouane, Demba Diop Sy, a annoncé son ralliement à Kiiray – Les Patriotes Républicains, tout en revendiquant son indépendance politique. Il prépare une audience avec le président Bassirou Diomaye Faye pour officialiser cette alliance, tout en réaffirmant ses critiques envers d’autres figures de l’opposition, comme Amadou Ba. Une manœuvre qui pourrait redessiner les équilibres politiques à l’approche des prochaines élections.
Le droit contre la promesse politique : l’avertissement des juristes
Face aux revers juridiques de Pastef, des voix comme celle du juriste Boubacar Mohamed Racine Sy rappellent que les institutions ne sont pas des obstacles, mais des garde-fous. « Entre la promesse et la loi, il y a le travail parlementaire, la technique juridique et les équilibres institutionnels », souligne-t-il. Une mise en garde contre la tentation de contourner les règles au nom de l’urgence politique.