Le bloc parlementaire de l'opposition au Ghana conteste fermement la décision du président de l'Assemblée, Alban Bagbin, d'écarter la création d'une commission d'enquête sur plusieurs saisies internationales de stupéfiants impliquant le pays. Cette opposition, menée par le leader de la minorité Alexander Afenyo-Markin, dénonce une entrave au contrôle parlementaire et promet d'explorer de nouvelles voies constitutionnelles pour obtenir la transparence sur ces affaires.
Un refus fondé sur des procédures judiciaires en cours
Le Speaker Alban Bagbin a justifié son rejet de la motion en arguant que l'ouverture d'une enquête parlementaire ad hoc risquait de nuire aux procédures pénales déjà engagées devant les tribunaux. Cette décision fait suite à une session d'urgence convoquée pour examiner la demande de l'opposition. Pour le camp minoritaire, cette interprétation est erronée : Alexander Afenyo-Markin soutient que l'objectif de la commission n'était nullement de se substituer à la justice pour déterminer des culpabilités individuelles, mais d'évaluer les défaillances systémiques des institutions de contrôle.
Des saisies de drogue d'envergure internationale
La motion rejetée visait à faire la lumière sur une série d'interceptions majeures survenues entre 2025 et 2026. Parmi les cas cités figurent la saisie de 3,9 tonnes de cocaïne par les douanes françaises à Dunkerque en septembre 2026, ainsi que 320 kilogrammes de méthamphétamine interceptés par les autorités australiennes en juin dernier. Des saisies locales à Takoradi et Cape Coast ont également été mentionnées, soulevant des interrogations sur les protocoles de sécurité portuaire, les systèmes de scan et les procédures douanières en vigueur au Ghana.
Un bras de fer sur le contrôle parlementaire
Au-delà de la question des stupéfiants, l'opposition voit dans ce refus une fragilisation des mécanismes de contre-pouvoir. Alexander Afenyo-Markin a vivement critiqué ce qu'il qualifie d'usage abusif de la « supermajorité » par le camp gouvernemental, affirmant que le silence imposé sur ces dossiers affaiblit l'intégrité de l'institution parlementaire. L'opposition a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne comptait pas en rester là, prévoyant d'utiliser les dispositions prévues par la Constitution et le règlement intérieur de l'Assemblée pour maintenir ce sujet à l'agenda politique national.
L'enjeu de la responsabilité institutionnelle
Pour les députés de la minorité, l'enjeu dépasse le cadre partisan : il s'agit de garantir que les agences d'État et les entreprises impliquées dans la chaîne logistique d'exportation rendent des comptes. En l'absence d'enquête parlementaire, l'opposition craint que les failles sécuritaires ne persistent, laissant les institutions de l'État sans garde-fous face à l'exercice du pouvoir exécutif. Le Parlement a été ajourné jusqu'à nouvel ordre après que la majorité a apporté son soutien à la décision du Speaker.