Un expert en gouvernance parlementaire au Ghana exhorte les institutions à établir un processus clair pour enquêter et sanctionner les allégations de corruption impliquant des députés, alors que la défiance du public envers le Parlement s’aggrave.
Des allégations explosives entre deux figures politiques
Les tensions entre le leader de l’opposition, Alexander Afenyo-Markin, et le PDG de GoldBod, Sammy Gyamfi, ont révélé les failles du système de contrôle interne du Parlement ghanéen. Accusé d’extorsion par Gyamfi, Afenyo-Markin a rejeté ces allégations et menacé de poursuites judiciaires. L’affaire, initialement un conflit public, s’est transformée en confrontation juridique, tandis que le Bureau du Procureur spécial évalue la possibilité d’ouvrir une enquête approfondie. Pour le Dr Rasheed Dramani, directeur exécutif du Centre africain pour les affaires parlementaires, l’enjeu dépasse le cas individuel : il interroge la capacité du Parlement à se tenir lui-même responsable.
Un Parlement sous pression : entre supermajorité et défiance citoyenne
Le Ghana dispose d’un Parlement à supermajorité, ce qui renforce l’importance d’un contrôle rigoureux des élus. Dramani souligne que la crédibilité des institutions dépend de l’intégrité des députés, notamment ceux de l’opposition, chargés de surveiller l’exécutif. Pourtant, la perception de corruption persistante et l’absence de sanctions visibles alimentent un climat de méfiance. « Nous avons besoin de dirigeants intègres, surtout dans un contexte où l’opposition doit pouvoir tenir tête à une majorité écrasante », insiste-t-il. Les allégations répétées sans résolution claire ont érodé la confiance dans le système parlementaire.
Partisanerie et manque de transparence : les maux du contrôle parlementaire
Dramani identifie deux obstacles majeurs à une gestion transparente des affaires internes. D’abord, la solidarité partisane prime souvent sur la responsabilité individuelle : « Lorsqu’un député est accusé, tout son groupe parlementaire se mobilise sans examiner les faits. » Ensuite, le Parlement applique un scrutin plus strict envers l’exécutif qu’envers ses propres membres. Par exemple, le Comité des comptes publics a mené 31 auditions publiques en 2024 et formulé plus de 1 000 recommandations pour récupérer des fonds publics, mais la même rigueur est-elle appliquée aux élus ? La crainte des coûts politiques dissuade souvent les investigations internes, car les députés d’aujourd’hui sont les ministres de demain, avec des réseaux à préserver.
Vers une réforme des mécanismes de sanction ?
Pour briser ce cycle, Dramani propose une solution radicale : intégrer des personnalités indépendantes dans les comités d’enquête parlementaires. « Peut-être qu’un comité mixte, composé de députés et de Ghanéens éminents, pourrait traiter cette affaire avec la transparence nécessaire », suggère-t-il. L’objectif ? Créer un précédent où les allégations mènent systématiquement à une résolution claire, qu’il s’agisse de sanctions ou d’exonérations. « Il faut une voie transparente, de l’accusation à la décision finale, pour restaurer l’image du Parlement aux yeux des citoyens. » Une telle réforme pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la corruption au Ghana.