Le Parc national de la Ruvubu, joyau de la biodiversité burundaise, traverse une période critique avec près de 10 000 hectares dévastés par des feux de brousse ces deux derniers mois. Cette catastrophe, qualifiée de criminelle par les autorités du parc, menace la survie des dernières populations de grands herbivores et souligne les failles structurelles dans la protection des aires protégées.
Des origines humaines et transfrontalières
Les incendies sont principalement attribués à des activités humaines locales, notamment le besoin de pâturages pour le bétail, le braconnage et la récolte de miel sauvage. La situation est complexifiée par la porosité de la frontière avec la Tanzanie, où les zones adjacentes ne bénéficient d'aucun statut de protection. Cette absence de contrôle côté tanzanien facilite les incursions et les départs de feu incontrôlés, rendant la gestion sécuritaire du périmètre particulièrement ardue pour les équipes locales.
Une surveillance entravée par le manque de moyens
La capacité de réaction des autorités est drastiquement limitée par une sous-dotation chronique. Dans le secteur de Muyinga, particulièrement touché, seulement six garde-forestiers sont chargés de surveiller près de 9 500 hectares. Ces agents opèrent sans équipements de base, tels que des chaussures adaptées ou des outils de communication, et doivent se déplacer sur des pistes non entretenues. L'absence de technologies modernes, comme des drones ou des caméras de surveillance, empêche une détection précoce des foyers d'incendie.
Menaces sur la faune et conflits avec les riverains
La destruction de l'habitat naturel contraint les grands herbivores, tels que les buffles et les antilopes, à fuir vers des zones non sécurisées, les exposant davantage au braconnage. Cette crise environnementale s'inscrit dans un contexte de cohabitation conflictuelle avec les populations riveraines. Le manque de délimitation claire du parc et l'absence de mécanismes de dédommagement pour les cultures dévastées par les animaux sauvages alimentent un ressentiment qui freine toute collaboration communautaire pour la lutte contre les incendies.
Vers une refonte de la stratégie de protection
Face à l'urgence, les gestionnaires du parc appellent le gouvernement à sanctuariser une ligne budgétaire dédiée à la protection de la Ruvubu, seule aire protégée du pays abritant encore de grands mammifères. Les recommandations incluent le renforcement des effectifs, l'acquisition d'équipements techniques et une décentralisation des campagnes de sensibilisation vers les collines riveraines. L'implication active des communautés locales et le soutien des partenaires internationaux apparaissent comme des leviers indispensables pour éviter la disparition d'espèces déjà fragilisées par le passé.