Le parc national de Kahuzi‑Biega, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, fait face à une crise sans précédent : la guerre dans l'est de la RDC a interrompu le tourisme pendant près de deux ans, aggravant la pression sur les gorilles de Grauer déjà menacés par le braconnage et la déforestation. Le manque de visibilité internationale et la perte de revenus affectent à la fois la biodiversité du parc et les populations riveraines.
Le parc privé de visiteurs depuis deux ans
Depuis le déclenchement des hostilités, aucun touriste n’a pu pénétrer le parc de Kahuzi‑Biega. Cette suspension prolongée a coupé une source de financement essentielle pour les programmes de conservation et pour les communautés locales qui dépendaient du tourisme pour leurs revenus. Le directeur du parc, Arthur Kalonji, décrit la situation comme « une maison sans portes », où l’insécurité empêche les rangers d’accomplir leurs missions de suivi et de protection.
Gorilles de Grauer : un décompte incertain face à la guerre et au braconnage
Avant le conflit, les recensements estimaient la présence d’au moins 1 500 gorilles de Grauer dans le parc. Aujourd’hui, aucune donnée fiable n’est disponible, le suivi étant impossible du fait de l’accès restreint. Le braconnage, alimenté par la demande de viande de brousse et de parties d’animaux, se combine à la déforestation illégale, réduisant les habitats et augmentant les risques d’extinction pour cette sous‑espèce déjà classée en danger critique.
Relance conditionnée par la sécurité et le soutien international
Après une interruption de deux ans, le parc a annoncé une reprise progressive de ses activités de conservation. Toutefois, le professeur Bertin Murhabale, expert en écologie, souligne que la persistance des conflits armés constitue le principal obstacle. Il appelle l’UNESCO à intervenir pour garantir la protection du site et incite les autorités congolaises à autoriser à nouveau les agents de conservation à exercer leurs fonctions en toute sécurité.
Implication des communautés locales et mobilisation des acteurs
Le parc intensifie les campagnes de sensibilisation auprès des médias, des scientifiques, des acteurs du tourisme et des organisations de la société civile. L’objectif est de créer un consensus autour de la nécessité de protéger les gorilles et de restaurer les forêts. Selon Kalonji, l’engagement des populations riveraines est crucial : elles peuvent devenir des partenaires actifs dans la lutte contre le braconnage, à condition de bénéficier d’alternatives économiques viables.