Malgré des réserves prouvées dépassant les 200 billions de pieds cubes, le Nigeria peine à transformer son potentiel gazier en moteur de croissance domestique. Après près de deux décennies de cadres réglementaires successifs, le pays continue d'exporter une part majoritaire de sa production, laissant ses industries et ses ménages face à des pénuries chroniques.
Un déséquilibre structurel entre export et marché local
Les données de la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) révèlent une tendance persistante : entre 2022 et août 2026, le pays a exporté environ 4,56 billions de pieds cubes (Tcf) de gaz, contre seulement 3,21 Tcf destinés au marché intérieur. Cet écart de 42 % en faveur des exportations souligne l'incapacité du secteur à prioriser les besoins nationaux. Cette situation est d'autant plus paradoxale que le pays demeure dépendant des importations de gaz de pétrole liquéfié (GPL) pour la consommation des ménages, malgré l'abondance de ses ressources naturelles.
L'échec des politiques publiques sur dix-huit ans
Depuis 18 ans, le gouvernement a multiplié les initiatives, telles que la Politique nationale sur le gaz, le Petroleum Industry Act (PIA) ou encore la « Décennie du gaz ». Toutefois, ces cadres n'ont pas permis de lever les obstacles fondamentaux. Selon les acteurs du secteur, le problème réside dans une mauvaise coordination des politiques, couplée à un déficit criant d'infrastructures de traitement et de transport. La persistance du vandalisme sur les pipelines, l'insécurité des paiements et un manque d'investissements ciblés sur l'ensemble de la chaîne de valeur empêchent la conversion des réserves en une énergie fiable et abordable.
Conséquences sur l'industrie et le coût de la vie
L'insuffisance de l'offre gazière domestique freine directement le développement économique du pays. Le secteur de la production électrique, fortement dépendant du gaz, subit des baisses de capacité qui pénalisent l'ensemble du réseau. Pour les industriels, cette pénurie impose le recours à des alternatives coûteuses comme le diesel, ce qui alourdit les coûts de production et, par ricochet, le prix final des biens et services pour les consommateurs. Des secteurs stratégiques, tels que la production d'engrais et la pétrochimie, sont contraints de fonctionner en sous-capacité, limitant ainsi la création d'emplois et la diversification économique promise par les autorités.