Le système alimentaire mondial fait face à une contradiction majeure : tandis qu'une personne sur treize souffre de la faim, environ 20 % de la nourriture disponible pour les consommateurs finit à la poubelle. Ce gaspillage massif, qui représente plus d'un milliard de tonnes par an, pèse lourdement sur l'économie mondiale et l'environnement.
Une insécurité alimentaire concentrée en Afrique
Malgré une légère amélioration globale, la faim reste un défi structurel majeur. En 2025, environ 645 millions de personnes étaient en situation de sous-alimentation. L'Afrique demeure la région la plus touchée, comptant 309 millions de personnes concernées, soit près de la moitié des individus souffrant de la faim dans le monde. Le Global Hunger Index 2026 souligne une situation alarmante dans huit pays, dont sept se situent sur le continent africain, avec la Somalie, la République démocratique du Congo, le Tchad et Madagascar en tête de liste.
Le coût économique et environnemental du gaspillage
Le gaspillage alimentaire ne se limite pas à la perte de denrées ; il engendre un coût économique dépassant les 1 000 milliards de dollars annuels. Environ 13 % de la production mondiale est perdue avant même d'atteindre les points de vente, faute d'infrastructures de stockage ou de transport adéquates. Une fois dans le circuit de consommation, les ménages sont les principaux responsables, générant 60 % du gaspillage total. Cette gestion inefficace mobilise inutilement 28 % des terres agricoles mondiales et contribue à hauteur de 8 à 10 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, notamment via le méthane émis par les décharges.
Leviers d'action pour les ménages
Si les pertes industrielles nécessitent des investissements logistiques, les experts soulignent que les habitudes domestiques constituent un levier d'action immédiat. La planification des achats, une meilleure compréhension des dates de péremption — distinguant la sécurité sanitaire de la qualité gustative — et une gestion optimisée du stockage au froid sont des pratiques clés. La congélation des surplus et la valorisation des restes ou des épluchures, notamment par le compostage, permettent de réduire significativement l'empreinte carbone individuelle tout en limitant le gaspillage de ressources précieuses.
Des disparités géographiques marquées
La quantité de nourriture jetée par habitant varie considérablement selon les régions. Les pays aux climats chauds affichent souvent des taux de gaspillage domestique plus élevés, possiblement en raison de difficultés de conservation des produits frais. Si les Maldives, la Syrie ou la Tunisie figurent parmi les pays où le gaspillage par habitant est le plus important, d'autres nations, comme l'Espagne, démontrent qu'il est possible de maintenir ce chiffre à un niveau nettement inférieur, soulignant l'importance des politiques publiques et des changements de comportements sociétaux.