Un accord pétrolier d'envergure entre Washington et Caracas, portant sur l'exploitation de 17 gisements pour une durée d'un siècle, suscite une opposition inédite au Venezuela. Ce consensus rare, réunissant l'extrême gauche chaviste et l'opposition démocratique, soulève des inquiétudes majeures sur la souveraineté nationale et la pérennité de la transition politique en cours.
Une concession pétrolière sous haute tension
Le texte prévoit le contrôle par les États-Unis de 65 milliards de barils de réserves pétrolières. Cette signature, portée par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, est perçue par une large partie de la classe politique comme une cession du patrimoine national. Si le gouvernement de transition promet des retombées économiques, avec un profit estimé à 19 dollars par baril pour l'État, cette promesse peine à convaincre une population marquée par une instabilité persistante et une gestion critiquée des récentes crises humanitaires.
Le spectre d'un retour au nationalisme
Des observateurs, dont l'universitaire Miguel Tinker Salas, comparent cet accord aux concessions du début du XXe siècle, craignant qu'il ne ravive un sentiment anti-américain similaire à celui qui avait porté Hugo Chávez au pouvoir en 1998. À l'époque, le ressentiment contre les compagnies étrangères bénéficiant de taux d'imposition dérisoires avait été le moteur d'une bascule politique majeure. Aujourd'hui, la crainte est que cet accord ne soit perçu comme une politique prédatrice, fragilisant durablement l'opposition démocratique qui avait initialement soutenu l'intervention américaine.
Stabilité contre transition démocratique
L'implication croissante des intérêts américains dans le secteur pétrolier vénézuélien pourrait modifier les priorités de Washington. Selon l'analyste politique Benigno Alarcon, le risque est de voir les États-Unis privilégier la stabilité du gouvernement en place pour sécuriser leurs investissements, au détriment d'une transition démocratique rapide. Neuf mois après la chute de Nicolas Maduro, le pays demeure dans une impasse institutionnelle où la légitimité du pouvoir de transition est contestée de toutes parts, rendant l'avenir politique du Venezuela plus incertain que jamais.