Une nouvelle dynamique migratoire se dessine depuis 2025, transformant plusieurs nations africaines en zones d'accueil pour des migrants expulsés par les États-Unis et l'Europe. En échange de compensations financières ou d'avantages diplomatiques, neuf pays africains ont accepté de recevoir des individus avec lesquels ils n'entretiennent aucun lien, une pratique qui interroge la transparence des processus décisionnels sur le continent.
L'Office of Remigration et le démarchage des États
Pour structurer ces transferts, Washington a instauré en mai 2025 l'Office of Remigration. Cette entité, composée de 15 fonctionnaires, a pour mission de négocier des accords bilatéraux à travers le continent. Selon les données disponibles, 49 pays auraient été sollicités. Le modèle économique est explicite : les États acceptant d'accueillir des contingents de migrants reçoivent des financements en dollars ou des facilités de visa. À titre d'exemple, l'Eswatini a perçu 5,1 millions de dollars pour un premier groupe de cinq personnes, tandis que la Guinée équatoriale a reçu plus de 7,5 millions de dollars pour une quarantaine d'individus, placés dans des structures privées.
Des accords opaques sans débat parlementaire
La mise en œuvre de ces politiques repose sur des mécanismes juridiques souvent contournés. Aux États-Unis, l'administration utilise des protocoles sécuritaires non contraignants pour éviter le contrôle du Congrès. En Afrique, la situation est similaire : la majorité des accords ont été conclus par décret ou simple communiqué, sans consultation des parlements nationaux. Cette opacité suscite des résistances locales, notamment en Eswatini, où des recours juridiques ont été déposés contre le pouvoir royal, et en RDC, où la société civile s'inquiète de la gestion de ces flux dans un pays déjà confronté à une crise interne majeure de déplacés.
Le risque du refoulement en cascade
Au-delà des enjeux financiers, ces accords soulèvent des questions critiques sur le respect des droits humains. Les observateurs pointent le risque de « refoulement indirect en cascade », où les migrants, une fois arrivés dans ces centres d'accueil africains, subissent des conditions de détention précaires avant d'être potentiellement ré-expulsés vers leurs pays d'origine. L'absence de garanties contraignantes sur le traitement des personnes déportées place ces individus dans une vulnérabilité extrême, transformant la gestion migratoire en une transaction purement comptable, déconnectée des standards internationaux de protection.
Une tendance européenne en expansion
L'Afrique n'est pas seulement sollicitée par Washington. L'Union européenne, après avoir ouvert la voie avec l'Albanie, cherche activement à établir des « hubs » de retour sur le sol africain. Plusieurs pays européens, dont l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas, ont entamé des discussions à Kigali pour créer des centres de rétention externalisés. Cette stratégie marque un tournant dans les relations internationales, où la gestion des frontières devient un enjeu de marchandage politique, testant la résilience des institutions africaines face aux pressions des puissances occidentales.