Le gouvernement fédéral du Nigeria a officiellement reconnu l'existence de lacunes significatives dans son système de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (RAM). Cette admission, formulée par le ministre de la Santé et du Bien-être social, Muhammad Pate, souligne la difficulté pour le pays d'établir des estimations précises sur l'ampleur réelle des infections résistantes aux traitements.
Un défi sanitaire sous-estimé
La résistance aux antimicrobiens, qualifiée de « pandémie cachée » par les autorités, survient lorsque les agents pathogènes — bactéries, virus, champignons ou parasites — ne répondent plus aux médicaments. Au Nigeria, le Plan d'action national 2024-2028 estime que 64 500 décès en 2019 étaient directement attribuables à la RAM, avec un chiffre associé atteignant 263 400. Ces données sont toutefois jugées sous-évaluées en raison d'un manque de données exhaustives. Le ministre a illustré cette réalité par des cas cliniques de pneumonies complexes où les traitements antibiotiques standards échouent, faute d'une identification précise de la résistance en amont.
La fragilité du réseau de laboratoires
Pour pallier ces manques, le Nigeria a lancé en 2025 sa première enquête nationale représentative, ciblant 35 000 patients dans une quarantaine d'établissements de santé. Cependant, les capacités techniques restent limitées : une étude récente a révélé que seulement 7,3 % des 302 laboratoires analysés étaient pleinement opérationnels pour assurer une surveillance efficace de la RAM. La concentration des ressources dans les structures tertiaires au détriment des zones rurales et des centres de soins primaires crée un angle mort dans la collecte des données communautaires.
Vers une stratégie « One Health »
Face à cette situation, le gouvernement mise sur une approche multisectorielle dite « One Health », impliquant la santé humaine, animale et environnementale. Des mesures concrètes ont été déployées, notamment un programme de gestion des antimicrobiens dans les hôpitaux fédéraux et la création d'une task force de gouvernance clinique. Le ministre a également insisté sur la nécessité de réguler l'usage indiscriminé des antibiotiques par la population, rappelant que ces médicaments ne sont pas adaptés à toutes les pathologies infectieuses courantes.
Le Nigeria hôte d'un sommet mondial
En amont de la cinquième Conférence ministérielle mondiale sur la RAM, prévue à Abuja en décembre 2026, le pays cherche à renforcer sa gouvernance sanitaire. Cet événement, le premier du genre sur le continent africain, vise à formaliser le « Compact d'Abuja ». Ce texte ambitionne de coordonner les actions entre les secteurs de l'agriculture, de l'élevage et de l'environnement pour endiguer la propagation des organismes résistants, tout en améliorant les mécanismes de suivi et de reporting public des politiques nationales.