Le secteur minier nigérian fait face à une hémorragie financière majeure, avec des pertes annuelles estimées à 13 700 milliards de nairas dues aux activités minières illicites. Face à ce manque à gagner colossal, des experts et acteurs de la société civile appellent à une réforme structurelle urgente, combinant renforcement de l'application de la loi et formalisation des mineurs artisanaux pour sécuriser les revenus de l'État.
Un défi sécuritaire et économique majeur
L'exploitation illégale de minerais tels que l'or, le lithium, le tantale et les pierres précieuses échappe largement au cadre réglementaire défini par la loi de 2007 sur les mines et minéraux. Au-delà de la perte de recettes fiscales et de redevances, cette situation favorise l'émergence de groupes armés qui contrôlent certains sites miniers, imposent des taxes illégales aux populations locales et entretiennent des liens troubles avec certains acteurs du secteur. Cette insécurité persistante dans les zones d'extraction entrave le développement économique et expose les communautés locales à des risques environnementaux et sanitaires graves.
La nécessité de formaliser l'artisanat minier
Pour Idris Faro, expert en commerce international, la réponse ne doit pas être purement répressive. Il préconise une transition vers la formalisation des mineurs artisanaux, souvent qualifiés à tort de criminels alors qu'ils opèrent par nécessité. En leur octroyant des droits légaux, un accès au crédit et des technologies modernes, l'État pourrait transformer cette activité informelle en un levier de croissance. Cette stratégie permettrait non seulement d'améliorer la productivité, mais aussi de mieux tracer les flux de minerais et de démanteler les structures criminelles qui s'interposent entre les mineurs et le marché officiel.
Traquer les réseaux de financement
La lutte contre ce fléau nécessite également d'identifier les véritables bénéficiaires de ce système. Faith Nwadishi, directrice du Centre for Transparency Advocacy, insiste sur la nécessité de remonter la chaîne de valeur pour cibler les financiers et les entreprises qui tirent profit de l'exploitation illégale. L'utilisation de mécanismes de transparence sur les bénéficiaires effectifs est présentée comme un outil indispensable pour traduire en justice les commanditaires. Parallèlement, les experts appellent à une meilleure coordination entre les agences de régulation et les services douaniers pour surveiller efficacement les mouvements de minerais aux frontières.
Une révision du cadre réglementaire
Le constat est unanime : le cadre législatif actuel, bien que existant, souffre d'une application défaillante et d'une coordination intersectorielle insuffisante. Emily Offodile, de la Ziva Community Initiative, souligne que la nature multisectorielle de l'industrie minière exige une approche holistique. Elle plaide pour une mise à jour des mécanismes de contrôle et une capacité institutionnelle renforcée, afin que les richesses du sous-sol nigérian contribuent réellement au développement national plutôt que de nourrir des réseaux occultes.