Face à l'incertitude croissante des financements internationaux, le Nigeria engage une mutation profonde de son système de santé. Le ministre de la Santé et du Bien-être social, Muhammad Pate, a souligné la nécessité pour le pays de s'affranchir de sa dépendance aux donateurs en misant sur une mobilisation accrue des ressources domestiques et une industrialisation locale.
La fin de la dépendance aux financements extérieurs
Pendant des décennies, le secteur de la santé nigérian a reposé sur le soutien massif d'organisations internationales, notamment pour la lutte contre le VIH et les programmes de vaccination. Cependant, le ministre Muhammad Pate alerte sur le changement des priorités mondiales : les pays donateurs, confrontés à des pressions budgétaires liées à la défense, au climat et aux migrations, réduisent progressivement leur aide. Pour le Nigeria, l'enjeu est désormais de prendre le relais en investissant ses propres ressources fédérales, étatiques et locales pour garantir la continuité des soins.
Réforme fiscale et espace budgétaire
La stratégie gouvernementale repose sur une corrélation directe entre croissance économique et santé publique. La suppression des subventions aux carburants et les réformes fiscales en cours visent à dégager des marges de manœuvre budgétaires. Le ministre insiste sur l'amélioration du taux de collecte des impôts, actuellement estimé à 7,8 % du PIB, bien en deçà de la moyenne régionale de 15 %. Une meilleure efficacité fiscale permettrait de réallouer des fonds substantiels vers les services sociaux, transformant ainsi la croissance macroéconomique en bénéfices concrets pour la population.
Vers une souveraineté industrielle
Au-delà du financement, le gouvernement encourage la production locale de médicaments, de kits de diagnostic et d'équipements médicaux. Cette politique d'import-substitution est devenue une nécessité économique suite à la dépréciation du naira, qui a renchéri le coût des produits importés. En développant ses propres chaînes d'approvisionnement, le Nigeria ne cherche pas seulement à réduire ses coûts, mais aussi à créer des emplois et à renforcer sa sécurité sanitaire face aux chocs extérieurs.
Coordination et redevabilité
Pour optimiser l'utilisation des ressources, le ministère de la Santé s'attelle à rationaliser l'aide internationale, autrefois fragmentée et peu coordonnée. Le gouvernement impose désormais un alignement strict des interventions des partenaires sur les priorités nationales. Grâce à des dialogues trimestriels et des revues annuelles, les autorités entendent réduire les doublons et renforcer la redevabilité des États. Cette approche centralisée vise à garantir que, quel que soit le niveau de soutien extérieur, les indicateurs de santé — tels que la mortalité maternelle et infantile — progressent de manière constante, le ministre rappelant que le leadership du Nigeria est indispensable aux dynamiques sanitaires du continent africain.