Le gouvernement nigérian a adopté un plan national quinquennal (2026-2030) pour encadrer la consommation d'alcool, réduire les risques sanitaires et économiques, et démanteler le marché illicite. Cette initiative, présentée comme une réponse coordonnée entre secteurs publics et privés, vise à transformer en profondeur la gouvernance de l'alcool dans le pays.
Une politique structurée autour de quatre piliers stratégiques
Le Nigeria Alcohol Policy and Multisectoral Implementation Plan 2026–2030 s’articule autour de quatre axes principaux : la réduction des risques sanitaires et la promotion de la santé, le développement industriel et économique, la coordination multisectorielle, ainsi que le suivi-évaluation et la redevabilité. Selon le ministre de la Santé et du Bien-être social, Muhammad Pate, cette approche intégrée est indispensable pour traiter un problème qui dépasse largement le cadre médical. « Le Nigeria ne peut résoudre la question des méfaits de l’alcool par des interventions isolées », a-t-il souligné lors du lancement à Abuja, insistant sur la nécessité d’une action coordonnée entre les ministères, les agences gouvernementales et les acteurs privés.
Des données alarmantes justifiant l’urgence d’agir
Les chiffres avancés par les autorités nigérianes révèlent l’ampleur du défi. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la consommation moyenne d’alcool pur au Nigeria s’élève à 3,2 litres par personne de 15 ans et plus en 2024. Parallèlement, les autorités sanitaires et routières pointent du doigt l’alcool comme un facteur aggravant des accidents de la route : en 2024, 9 570 accidents et 5 421 décès ont été enregistrés, avec une part significative attribuée à la conduite sous influence. Le marché illicite, quant à lui, représenterait près de 40 % du secteur, entraînant une perte annuelle de recettes publiques estimée à plus de 428 milliards de nairas (environ 300 millions d’euros).
Des mesures concrètes pour encadrer l’offre et la demande
Parmi les mesures phares du plan figurent le renforcement de l’éducation publique, le contrôle strict de la publicité pour l’alcool, la limitation de l’accès par l’âge et les points de vente, ainsi que l’amélioration de la traçabilité des produits tout au long de la chaîne de valeur. La NAFDAC, l’agence nigériane de régulation des aliments et médicaments, a réaffirmé son engagement à interdire la vente d’alcool en sachets ou dans des contenants de moins de 200 millilitres, une mesure déjà en vigueur mais dont l’application sera renforcée. Les autorités appellent également les leaders traditionnels, religieux et la société civile à jouer un rôle actif dans la sensibilisation et la mise en œuvre du plan. « Il ne suffit pas de signer des politiques, il faut passer à l’action », a rappelé la secrétaire permanente du ministère de la Santé, Daju Kachollom, lors de l’événement.
Un alignement sur les priorités nationales et internationales
Ce plan s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Renewed Hope du président Bola Tinubu, de l’Initiative de renouvellement du secteur de la santé nigérian, ainsi que des engagements internationaux du pays, notamment au titre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable (ODD). Les autorités ont assuré que la mise en œuvre serait suivie de près, avec une collaboration étroite entre les ministères des Finances, du Commerce, de la Justice et des Collectivités locales, ainsi que des agences comme la Nigerian Customs Service et la National Drug Law Enforcement Agency. L’objectif affiché est de passer d’un cadre national à des résultats concrets et mesurables d’ici 2030.