Face à la persistance des carences en micronutriments, des experts en nutrition appellent le gouvernement nigérian à rendre obligatoire l'enrichissement des cubes de bouillon en vitamines B9 (acide folique) et B12. Si des normes volontaires ont été introduites en 2024, les spécialistes estiment que seule une obligation réglementaire permettra d'atteindre une couverture nationale suffisante pour améliorer la santé des populations les plus vulnérables.
Un vecteur de consommation universel
Le choix des bouillons culinaires comme vecteur de supplémentation repose sur leur omniprésence dans les habitudes alimentaires nigérianes. Selon une étude de 2024, plus de 99 % des ménages consomment ces produits, dépassant largement les taux d'utilisation de la farine de blé ou de maïs, déjà ciblées par des programmes de fortification. Avec une estimation de plus de 100 millions de cubes vendus quotidiennement, ce produit offre une opportunité unique d'atteindre les foyers à faibles revenus sans exiger de changement dans les habitudes de consommation.
Lutter contre les carences maternelles et infantiles
L'enjeu est particulièrement critique pour la santé reproductive. Plus de 80 % des femmes enceintes au Nigeria souffriraient d'une carence en vitamine B9, essentielle durant les 28 premiers jours de grossesse pour prévenir les malformations du tube neural, telles que le spina bifida. Les experts soulignent que la fortification pourrait réduire drastiquement ces risques, alors que près de 11 000 bébés naissent chaque année avec de telles anomalies dans le pays. Parallèlement, la vitamine B12, cruciale pour le développement neurologique, fait défaut à près de 75 % des femmes et 68 % des enfants issus des milieux les plus pauvres.
Le défi de la régulation et de la santé cardiovasculaire
Si l'efficacité de la fortification a été démontrée par des essais cliniques, notamment au Ghana, le passage à une obligation au Nigeria nécessite une coordination rigoureuse. L'Agence nationale pour l'administration et le contrôle des aliments et des médicaments (NAFDAC) collabore actuellement avec des partenaires internationaux pour évaluer la faisabilité technique et renforcer les systèmes de traçabilité. Toutefois, cette initiative soulève une préoccupation majeure : la teneur en sodium des bouillons. Les nutritionnistes insistent sur le fait que la fortification ne doit en aucun cas encourager une consommation accrue de ces produits, compte tenu des risques d'hypertension et de maladies cardiovasculaires associés à un apport excessif en sel.