Le Nigeria face à une inflation alimentaire record : experts et agriculteurs s'opposent sur les causes et les solutions

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 48 lectures
Le Nigeria face à une inflation alimentaire record : experts et agriculteurs s'opposent sur les causes et les solutions

Le Nigeria enregistre une inflation alimentaire à 20,31 % en juillet, selon le Bureau national des statistiques (NBS), mais cette hausse est contestée par les acteurs du secteur agricole. Entre données officielles jugées déconnectées de la réalité et politiques publiques critiquées pour leur inefficacité, le débat sur la sécurité alimentaire s’intensifie.

Des chiffres officiels contestés par les acteurs de terrain

Le NBS attribue la hausse des prix à des denrées comme le garri, le poivre, les oignons ou les tomates. Pourtant, des relevés hebdomadaires menés au marché de Mile 12 à Lagos en juillet montrent des fluctuations contradictoires : le prix du garri est passé de 30 000 à 25 000 nairas en une semaine, tandis que celui des tomates a chuté de 80 000 à 65 000 nairas. Des baisses attribuées à des récoltes précoces et à un afflux de produits en provenance du sud-ouest du pays.

Le PDG de Farm Credit NG, Afioluwa Mogaji, dénonce une « distorsion des données » : « Le prix du manioc a baissé de plus de 70 %, alors comment le garri peut-il être un facteur d’inflation ? » Il souligne également que l’État d’Adamawa, souvent cité pour son inflation alimentaire élevée, importe traditionnellement des tomates du Cameroun malgré des conditions climatiques similaires, révélant des lacunes dans la planification locale.

Des politiques agricoles jugées inefficaces

Les experts pointent du doigt les politiques publiques, jugées responsables d’une faible productivité. Muda Yusuf, ancien directeur général de la Chambre de commerce de Lagos, estime que l’agriculture nigériane reste trop axée sur la subsistance et appelle à une transition vers une économie agricole intégrée commercialement. Il plaide pour des investissements massifs dans l’agro-industrie et une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés.

Tony Okafor, vice-président de l’Association des agriculteurs du Nigeria (AFAN), met en avant les contraintes structurelles : insécurité dans les zones rurales, coût élevé des carburants, routes défaillantes et aléas climatiques. Il réclame des infrastructures rurales adaptées, une meilleure sécurité et des intrants agricoles subventionnés pour stabiliser la production.

Vers une stabilisation des prix ?

Malgré les désaccords sur les causes de l’inflation, tous les acteurs s’accordent sur un point : la nécessité de politiques cohérentes et durables. Mogaji évoque un accord de 2024 entre le ministère de l’Agriculture et les acteurs privés pour plafonner le prix des tomates à 50 000 nairas, une mesure inédite depuis 26 ans. Opeyemi Adeyanju, PDG de GBI Farms, insiste quant à lui sur la nécessité de politiques garantissant une stabilité des prix, tant pour les producteurs que pour les consommateurs.

Le débat révèle un paradoxe : alors que le Nigeria dispose de vastes ressources agricoles et d’un marché intérieur important, la sécurité alimentaire reste un défi majeur, exacerbé par des dysfonctionnements structurels.

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