Le gouvernement nigérian a tiré la sonnette d'alarme face à une crise nutritionnelle persistante qui compromet le développement socio-économique du pays. Avec plus de 41 % des enfants de moins de cinq ans touchés par un retard de croissance, les autorités et les experts appellent à une refonte radicale des politiques publiques pour protéger le capital humain national.
Des indicateurs alarmants pour le développement
Les données récentes révèlent une situation critique, particulièrement dans le Nord-Ouest du pays où le taux de retard de croissance chez les enfants atteint 58,2 %. Au-delà de la petite enfance, la santé maternelle est également en péril : seulement 6 % des femmes enceintes ont complété leur supplémentation en fer en 2024, un chiffre bien en deçà de l'objectif national fixé à 70 % pour 2035. La diversité alimentaire des femmes en âge de procréer stagne à 30 %, soulignant un déficit structurel dans l'accès à une alimentation équilibrée.
Une approche multisectorielle exigée
Lors de la 56e conférence de la Nutrition Society of Nigeria, le vice-président Kashim Shettima a insisté sur la nécessité de dépasser le stade des documents administratifs pour se concentrer sur l'impact réel au sein des foyers. L'initiative « Nutrition 774 », qui vise à déployer des interventions ciblées dans l'ensemble des 774 zones de gouvernement local, est présentée comme un levier majeur. L'enjeu est de connecter les systèmes alimentaires à la santé, à l'éducation et à l'assainissement pour transformer durablement les habitudes nutritionnelles.
La gouvernance par les preuves et le financement
Pour Muhammadu Sanusi II, président du conseil d'administration de la Nutrition Society of Nigeria, la nutrition ne doit plus être traitée comme un programme périphérique, mais comme un pilier central de l'agenda de développement. Les experts plaident pour une meilleure traçabilité des dépenses publiques, des lignes budgétaires dédiées et une accélération de la législation sur l'enregistrement des nutritionnistes. L'objectif est de renforcer les standards professionnels et d'assurer une conformité stricte en matière de fortification alimentaire.
Le défi du triple fardeau nutritionnel
Le Nigeria fait face à un « triple fardeau » complexe : la persistance de la sous-nutrition, les carences en micronutriments et la montée en puissance de l'obésité et des maladies non transmissibles liées à l'alimentation. Face à ce constat, les autorités sanitaires et les régulateurs, dont l'agence NAFDAC, appellent à une collaboration accrue entre le secteur privé, les chercheurs et les décideurs. La réussite de ces politiques sera jugée à l'aune de leur capacité à rendre les aliments nutritifs accessibles et sûrs pour les populations les plus vulnérables.