Le Nigeria risque de perdre une partie cruciale de son capital humain médical si les autorités ne réagissent pas rapidement. La Nigeria Medical Association (NMA) a tiré la sonnette d’alarme, exigeant la finalisation immédiate du Collective Bargaining Agreement (CBA) en souffrance et l’adoption d’un âge de retraite à 65 ans pour les cliniciens, afin de freiner l’exode des professionnels de santé et de combler les pénuries critiques.
Un accord salarial bloqué, un exode accéléré
La NMA accuse le gouvernement fédéral de retarder indûment la conclusion du CBA, un retard qui, selon elle, alimente le mécontentement des travailleurs de la santé et encourage leur départ vers l’étranger. Le président de l’association, le Pr Afekhide Ernest Omoti, a insisté pour que l’accord soit signé et intégré dans le projet de loi de finances 2027, afin que ses dispositions entrent en vigueur sans délai. « Une hospitalisation sans médecins ni infirmiers ne peut offrir les soins que méritent les Nigérians », a-t-il souligné, rappelant que l’infrastructure seule ne suffit pas à garantir un système de santé performant.
Sécurité et conditions de travail : des obstacles majeurs
Au-delà des questions salariales, la NMA a pointé du doigt l’insécurité généralisée au Nigeria, citant enlèvements, banditisme et terrorisme comme des menaces directes à la sécurité des professionnels de santé. Ces violences, qualifiées d’urgence sanitaire publique, empêchent les médecins d’exercer sereinement dans les communautés vulnérables. L’association a également réclamé la libération immédiate d’un médecin enlevé dans l’État de Niger, détenu depuis près de quatre mois. Elle a appelé à un renforcement des mesures de protection autour des infrastructures sanitaires et des personnels, notamment dans les zones rurales.
Des mesures fiscales et sociales pour retenir les talents
Pour limiter l’exode, la NMA a proposé des exonérations fiscales et des allègements pour les médecins, tant dans le public que dans le privé. Elle dénonce notamment la multiplication des taxes et le coût élevé de l’électricité, qui pèsent sur les praticiens et, in fine, sur les patients. L’association a aussi demandé l’harmonisation des salaires des médecins, quel que soit leur employeur (fédéral, étatique, universitaire ou local), afin de réduire les disparités et d’améliorer les conditions de travail. Ces mesures visent à rendre le métier plus attractif et à freiner la fuite des compétences.
Infrastructures défaillantes et toxicomanie : deux défis systémiques
La dégradation des routes, notamment dans les zones rurales, complique l’accès aux soins d’urgence, perturbe les transferts de patients et limite la distribution des médicaments. La NMA a exhorté les gouvernements à tous les niveaux à prioriser la réhabilitation des axes menant aux centres de santé. Par ailleurs, l’association a alerté sur l’augmentation de la consommation de drogues chez les jeunes, qualifiée d’urgence sanitaire nationale. Elle a appelé à une stratégie globale combinant prévention, régulation des substances et expansion des services de santé mentale, pour protéger la jeunesse et le futur productif du pays.