Face à la dépendance persistante du continent vis-à-vis de l'exportation de matières premières, le président nigérian Bola Tinubu a plaidé pour une stratégie commune lors de la 81e Assemblée générale des Nations Unies. L'objectif est clair : transformer les ressources minières africaines en leviers de croissance durable par la transformation locale, plutôt que de rester un simple fournisseur pour les marchés mondiaux.
Une rupture nécessaire avec le modèle extractif
Le président nigérian, représenté par son vice-président Kashim Shettima, a dénoncé un paradoxe historique : celui d'un continent riche en minerais critiques, indispensables aux technologies de pointe et à la transition énergétique, mais dont les populations restent largement exclues des bénéfices économiques. Selon lui, la persistance de l'exportation de matières brutes maintient l'Afrique dans une précarité structurelle. Il appelle désormais à une transition vers le raffinage, la fabrication de composants et le développement de technologies africaines pour que la valeur ajoutée soit captée sur le sol continental.
La force de l'union face à la fragmentation
Pour peser dans les négociations internationales, le Nigeria préconise une alliance agressive entre les nations africaines. Le risque, souligne le chef d'État, est de voir les pays se faire concurrence en abaissant leurs redevances ou en offrant des concessions excessives, ce qui affaiblit le pouvoir de négociation collectif. L'initiative, portée par l'Africa Minerals Strategy Group (AMSG), vise à harmoniser les politiques de licence et à créer des corridors minéraux stratégiques. Cette coopération doit permettre d'intégrer les marchés, de mobiliser les capitaux africains et de garantir que les investissements étrangers respectent les priorités de développement locales.
Vers une souveraineté des données et des infrastructures
Le projet de « Déclaration sur l'intégration continentale et l'assurance économique » (CIEAD) constitue le socle de cette nouvelle ambition. Au-delà des discours, cette feuille de route exige des engagements contraignants, assortis de calendriers précis et de mécanismes de responsabilité publique. Le Nigeria, qui a vu ses revenus miniers croître significativement entre 2023 et 2025 grâce à des réformes exigeant une transformation locale, sert de modèle. Le pays impose désormais aux nouveaux exploitants de contribuer au développement des industries nationales et à la montée en compétences des travailleurs locaux, une approche que le gouvernement nigérian souhaite voir généralisée à l'échelle de l'Union africaine.