Face à la recrudescence de réseaux criminels utilisant le paravent d'organisations humanitaires pour enlever des mineurs, l'Agence nationale pour l'interdiction de la traite des personnes (NAPTIP) au Nigeria exige une enquête approfondie sur les organisations de la société civile (OSC). Cette mesure vise à assainir un secteur dont la crédibilité est détournée pour exploiter des familles en situation de détresse.
L'usurpation d'identité comme mode opératoire
Les trafiquants exploitent désormais les zones fragilisées par l'insécurité, notamment les régions marquées par les conflits entre éleveurs et agriculteurs. En se présentant comme des représentants d'ONG ou d'associations confessionnelles, ils gagnent la confiance des populations locales sous couvert de projets éducatifs ou d'aide humanitaire. Vincent Adekoye, porte-parole du NAPTIP, souligne que ces criminels promettent aux parents de scolariser leurs enfants, avant de les soustraire à leur milieu familial pour les acheminer vers des réseaux d'exploitation.
Un bilan alarmant et des opérations de sauvetage
L'ampleur du phénomène a conduit l'agence à intensifier ses interventions. À ce jour, le NAPTIP a pu secourir 118 enfants originaires des États de Nasarawa, de Benue et de trois autres entités de la région Centre-Nord. Parmi les cas récents, quatre mineurs, enlevés dans l'État de Kaduna en 2023, ont été retrouvés à Onitsha, dans l'État d'Anambra. Certains étaient dissimulés dans des immeubles résidentiels, tandis qu'un autre a été découvert sous la garde d'une infirmière au sein d'un centre médical fédéral. Au total, plus de 180 enfants ont été libérés de réseaux opérant sous cette couverture trompeuse.
Le profilage des organisations comme levier de contrôle
Pour contrer cette infiltration, le NAPTIP a annoncé son intention de profiler systématiquement les organisations communautaires et confessionnelles opérant dans les zones vulnérables. L'agence appelle les dirigeants des OSC à mener un « nettoyage interne » pour identifier les éléments criminels qui nuisent à leur réputation. Parallèlement, le NAPTIP met en garde contre l'utilisation croissante des réseaux sociaux par les trafiquants, qui ciblent désormais des jeunes adultes avec de fausses promesses d'emploi à l'étranger. En juillet dernier, 16 Nigérians ont ainsi été rapatriés de Thaïlande après avoir été piégés par des offres logistiques et professionnelles frauduleuses.