La gestion des fonds spéciaux au Sénégal fait l'objet d'une nouvelle controverse politique. Le mouvement Kiiraay – Les Patriotes Républicains a formellement interpellé le Premier ministre Ousmane Sonko concernant l'utilisation de 3,7 milliards de francs CFA alloués au Compte Jamm pour la paix en Casamance sur les exercices 2025 et 2026.
Contestation sur l'usage des ressources publiques
Le mouvement Kiiraay, sous l'impulsion de sa coordinatrice Aminata Touré, conteste la destination des fonds mobilisés sous l'autorité de la Primature. Les critiques portent sur une dotation de 2 milliards de francs CFA pour 2025 et 1,7 milliard pour 2026. Selon le mouvement, les justifications avancées par le chef du gouvernement, incluant l'acquisition de véhicules et la réfection de bâtiments administratifs, ne correspondent pas à la vocation initiale de ce compte, historiquement dédié au financement de la paix dans la région de la Casamance.
Le cadre légal du Compte Jamm
Face à ces accusations, le Premier ministre Ousmane Sonko a rappelé que le dispositif du Compte Jamm repose sur un décret datant de 2004. Ce mécanisme, en vigueur depuis la présidence d'Abdoulaye Wade, est présenté par l'exécutif comme un outil légal. Toutefois, pour Kiiraay, la légalité du dispositif ne dispense pas le gouvernement de son obligation de reddition des comptes, particulièrement dans un contexte où les populations attendent des résultats concrets liés aux dividendes de la paix après des décennies de conflit.
L'impact de la décision du Conseil constitutionnel
Cette offensive politique s'inscrit dans un climat tendu, marqué par la décision du Conseil constitutionnel du 25 août dernier. Les Sages ont déclaré irrecevable la proposition de loi n°36/26 sur le régime juridique des crédits spéciaux, estimant que ces questions relèvent du domaine réglementaire ou de la loi organique relative aux lois de finances. Cette décision, faisant suite à une saisine du Premier ministre, est utilisée par Kiiraay pour dénoncer ce qu'il qualifie de « transparence à géométrie variable » de la part de la majorité actuelle. Le débat souligne ainsi une exigence croissante de contrôle sur les fonds publics et la nécessité d'une gestion rigoureuse des ressources allouées aux programmes de consolidation de la paix.