Des milliers de jeunes, surnommés les "cockroaches", se préparent à débrayer à Central Park, Connaught Place, vendredi, malgré la détention de leurs dirigeants et la fermeture de Jantar Mantar par les autorités.
Un appel à la rue après l’incarcération de deux leaders
Le Cockroach Janta Party (CJP), mouvement dirigé par des étudiants et jeunes actifs, a lancé un appel à la mobilisation à Central Park, un quartier commercial très fréquenté de Delhi. L’invitation intervient trois jours après que la police a placé deux de ses dirigeants, Abhijeet Dipke et deux organisateurs seniors, en détention pendant cinq jours pour avoir pénétré le site de protestation de Jantar Mantar, désormais déclaré interdit.
Le cœur du différend : la révision des listes électorales
Le CJP conteste la « Special Intensive Revision » (SIR), une opération de mise à jour des listes électorales qui, selon le mouvement, aurait effacé plus de 130 millions de noms, exposant ainsi des électeurs légitimes à la perte de leur droit de vote. Le groupe réclame la démission du Commissaire en chef des élections, Gyanesh Kumar, qu’il accuse de favoriser le parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP). Le gouvernement et la Commission électorale réfutent ces accusations.
Une répression jugée disproportionnée
Avant la manifestation prévue, les forces de l’ordre ont déployé des dizaines de milliers de policiers et de paramilitaires, bouclant les routes, fermant des stations de métro et interceptant les manifestants avant même qu’ils n’atteignent Jantar Mantar. Des dizaines de personnes, dont des journalistes et des étudiants, ont été arrêtées, certaines vidéos montrant des agents plaquant des manifestants dans des bus. La police a justifié ces mesures comme nécessaires au maintien de l’ordre public, tandis que le CJP les compare à l’État d’urgence de 1975‑1977, période où les libertés civiles étaient suspendues.
Persistance du mouvement malgré les obstacles
Abhijeet Dipke, fondateur du CJP, a baptisé la marche « Lehra Do Tiranga » (« Vague du Tricolore ») et affirme être prêt à être de nouveau incarcéré. Il encourage également les sympathisants qui ne peuvent pas se rendre à Delhi à brandir le drapeau indien et à manifester où ils se trouvent. Malgré la libération de Dipke, Saurav Das et Ashutosh Ranka sous condition de « bon comportement », le mouvement continue d’organiser des actions, notamment une petite manifestation à Jantar Mantar menée par Das et Ranka, qui a conduit à leur nouvelle détention à la prison de Tihar.
Contexte politique plus large
Les revendications du CJP s’inscrivent dans une vague de protestations plus large portée par l’opposition, dont le Congrès et la All India Students’ Association (AISA). Des figures comme Rahul Gandhi et Neha Bora ont également dénoncé les suppressions de listes électorales et demandé la réouverture de Jantar Mantar aux manifestants pacifiques. Le ministre de l’Intérieur, Amit Shah, a rétorqué que les accusations contre la Commission électorale étaient infondées et a défendu son indépendance.