La question de la subvention des carburants au Nigeria est qualifiée de « mirage » par le professeur Izielen Agbon, expert en ingénierie pétrolière. Selon lui, le débat actuel occulte la nécessité urgente de réduire les prix à la pompe en privilégiant une production et un raffinage domestiques plutôt que de dépendre des fluctuations du marché international.
La dualité des modèles de tarification
L'expert distingue deux approches majeures pour fixer le prix des produits pétroliers : le modèle de parité à l'importation (IPP) et celui basé sur les coûts de production (PCP). Actuellement, le recours à la parité à l'importation expose les consommateurs nigérians à des prix élevés, indexés sur les marchés extérieurs. À l'inverse, le modèle PCP, qui intègre les coûts réels d'extraction, de raffinage et de distribution locale, permettrait selon ses calculs de maintenir le prix du litre de supercarburant dans une fourchette nettement plus accessible, même en tenant compte du taux de change actuel.
Les défis structurels de la production locale
Le coût de production d'un baril de pétrole au Nigeria, estimé entre 31 et 48 dollars, reste bien supérieur à la moyenne mondiale d'environ 12 dollars. Cet écart s'explique par des facteurs persistants : infrastructures vieillissantes, insécurité, sabotage des installations et vols de brut. Par ailleurs, des anomalies de marché ont été observées, où des produits raffinés localement sont exportés vers des hubs régionaux avant d'être réimportés à des prix parfois inférieurs aux tarifs pratiqués sur le marché intérieur nigérian, complexifiant davantage la structure des prix.
Impact socio-économique et leviers d'action
La dépendance quasi exclusive au transport routier fait du prix du carburant un vecteur d'inflation généralisée, affectant directement le coût des denrées alimentaires, de la santé et de l'éducation. Pour l'expert, la solution ne réside pas dans le maintien d'un système de subventions souvent critiqué pour son manque de transparence et ses dérives budgétaires, mais dans une stratégie industrielle robuste. Celle-ci inclut la réhabilitation des raffineries nationales, le développement d'un réseau de transport ferroviaire et urbain de masse, ainsi qu'une transition accrue vers l'énergie solaire et le gaz pour les besoins industriels.
Vers une réforme de la politique énergétique
Face à une pression inflationniste qui érode le pouvoir d'achat — le coût d'un plein de 50 litres équivalant désormais au salaire minimum mensuel — la question énergétique s'impose comme un enjeu électoral majeur. L'expert souligne que la priorité pour les décideurs doit être de garantir une énergie abordable pour soutenir les ménages et les petites entreprises, tout en renforçant la sécurité nationale pour stabiliser les coûts opérationnels du secteur pétrolier.