La souveraineté technologique de l'Europe en matière d'intelligence artificielle ne peut reposer sur un acteur unique. Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a souligné la nécessité de structurer un écosystème diversifié pour rivaliser avec les puissances américaine et chinoise, tout en reconnaissant le rôle stratégique de la pépite française Mistral.
La nécessité d'un écosystème diversifié
Lors d'un déplacement dans la Silicon Valley, Roland Lescure a mis en garde contre une dépendance excessive envers un seul champion national. Si Mistral AI est saluée comme une réussite européenne, le ministre estime que la résilience technologique du continent exige une approche plus large. Il refuse de figer le modèle économique de l'entreprise, laissant à celle-ci le choix de se concentrer sur le développement de modèles fondamentaux ou sur des services d'infrastructure, tout en insistant sur le fait que l'Europe ne peut « mettre tous ses œufs dans le même panier ».
Le défi de la dépendance technologique
L'enjeu de cette stratégie est la maîtrise des outils face à une concurrence internationale agressive. Le ministre a évoqué l'imprévisibilité des décisions politiques étrangères, rappelant les récents épisodes où des entreprises américaines ont restreint l'accès à leurs modèles les plus avancés pour les ressortissants non-américains. Cette vulnérabilité pousse Paris à renforcer ses propres capacités, notamment en cybersécurité, en privilégiant des fournisseurs jugés souverains pour les besoins de l'administration publique.
L'État français consolide ses partenariats
Malgré les débats sur la stratégie industrielle européenne, l'État français confirme son soutien à Mistral. Bercy a officialisé le renforcement de leur collaboration, avec le lancement de nouvelles expérimentations au sein des ministères. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte où l'Europe cherche à structurer ses propres ressources, à l'image des initiatives de la Commission européenne qui, bien que distinctes de Mistral, visent à exploiter les supercalculateurs publics du bloc pour développer des modèles de pointe. La valorisation de Mistral, estimée à près de 12 milliards d'euros, témoigne de l'importance de cet acteur dans le paysage technologique actuel, bien que le chemin vers une autonomie réelle reste un défi collectif pour les États membres.