Une commission ad hoc dépêchée par le ministère national des Mines a entamé, le 31 août, une mission de contrôle rigoureuse dans cinq entités du Sud-Kivu : Mwenga, Fizi, Uvira, Baraka et Shabunda. Cette initiative vise à assainir le secteur extractif en vérifiant la conformité légale, fiscale et environnementale des opérateurs, tout en s'attaquant au phénomène des coopératives minières détournées de leur vocation initiale.
Lutte contre les façades illégales
L'opération répond à des alertes persistantes concernant l'exploitation aurifère illicite. Des acteurs du secteur, dont la société Lugushwa Mining, ont dénoncé l'utilisation de coopératives locales comme paravents pour des entreprises fictives. En droit congolais, la coopérative est un outil de formalisation essentiel pour l'exploitation artisanale et la traçabilité des minerais. Lorsqu'elle est instrumentalisée, elle devient un vecteur de contournement des circuits déclarés, facilitant l'extraction hors de tout contrôle étatique.
Exigences de conformité et enjeux budgétaires
Les opérateurs visés doivent impérativement justifier de leurs titres miniers, de leur régularité fiscale, du respect des normes sociales et environnementales, ainsi que de la traçabilité de leur production. Cette démarche s'inscrit dans une volonté gouvernementale plus large de sécuriser les recettes de l'État. Le ministère du Budget, qui table sur une hausse significative des revenus nationaux pour 2027, insiste sur la nécessité de renforcer l'Inspectorat général des mines et de déployer des moyens humains et techniques sur le terrain pour stopper l'hémorragie des ressources naturelles.
Le défi de la souveraineté territoriale
La portée de cette mission souligne également les limites de l'autorité étatique dans la province. Si la commission intervient dans les zones où l'administration peut encore exercer ses prérogatives, une part importante du Sud-Kivu échappe au contrôle de Kinshasa. Des rapports récents d'experts des Nations unies indiquent que des groupes armés, notamment l'AFC/M23, maintiennent une emprise sur des sites stratégiques, contrôlant une part substantielle de la production de coltan et de wolfram. La capacité de l'État à faire respecter la loi dans les zones ciblées par la commission constitue donc un test crucial pour la gouvernance minière régionale.