Le livre "Maroc, le défi de la puissance" d'Abdelmalek Alaoui, publié aux Éditions du Cherche Midi, dresse le bilan de sept décennies de modernisation du Royaume. L’auteur y montre comment l’industrialisation, les grands projets d’infrastructure et une diplomatie active en Afrique ont redéfini le statut du Maroc. Il s’interroge toutefois sur la capacité de ce nouveau poids à profiter à l’ensemble de la population.
Une transformation économique sans précédent
Selon Alaoui, le Maroc a connu une accélération de son industrialisation depuis les années 1950, avec la création de zones franches, le développement du secteur automobile et la mise en place d’infrastructures majeures comme le réseau autoroutier et le port de Tanger Med. Le pays a également intensifié ses investissements en Afrique, soutenant des projets énergétiques et logistiques qui renforcent son influence régionale. Cette dynamique a permis au Maroc de sortir du statut de simple récepteur d’aides pour devenir un acteur économique reconnu sur le continent.
Des fractures sociales qui menacent la diffusion du progrès
Malgré ces avancées, l’économiste pointe des faiblesses structurelles. Le chômage des jeunes reste élevé, surtout dans les zones rurales où les opportunités d’emploi sont limitées. Les inégalités territoriales se manifestent par des écarts de revenu et d’accès aux services publics entre les grandes métropoles et les régions périphériques. Alaoui critique également la difficulté à partager les fruits de la croissance, soulignant le rôle des élites dans la concentration du pouvoir économique et la nécessité d’une gouvernance plus inclusive.
Quel sens donner à la réussite individuelle ?
Dans une interview accordée à Fatimata Wane pour le Journal de l’Afrique, l’auteur revient sur son propre parcours d’entrepreneur et d’essayiste, évoquant succès, échecs et transmission. Il pose la question fondamentale : à quoi sert la réussite individuelle si elle ne profite pas aux générations suivantes ? Cette interrogation ouvre le débat sur la responsabilité sociétale des acteurs économiques marocains et sur les mécanismes à mettre en place pour que la puissance du pays se traduise en amélioration concrète du quotidien de tous les citoyens.